La Tanzanie a enregistré dans l’ensemble de bons résultats macroéconomiques. Selon les prévisions, l’inflation reviendra à un chiffre et, à moyen terme, la croissance du produit intérieur brut (PIB) s’établira autour de 7 %. La croissance a pour principaux moteurs les télécommunications, les transports, l’intermédiation financière, l’industrie manufacturière, la construction et le commerce.
L’accent mis sur une gestion économique saine et le renforcement de la gouvernance politique pourraient permettre aux réserves de gaz naturel récemment découvertes de prendre une part importante à la transformation socio-économique du pays à moyen terme.
Alors que les structures économiques ont connu des changements au cours des dernières années, les progrès dans la réduction de la pauvreté, même lents, à cause principalement des contre-performances de l’agriculture et d’importants goulots d’étranglement dans les infrastructures, montrent que la Tanzanie est entrée dans un processus de transformation.
Vue d’ensemble
Globalement, la stabilité économique de la Tanzanie, assortie de réformes politiques et institutionnelles, explique principalement les taux élevés de la croissance économique. L’agriculture, l’industrie, le commerce de gros et de détail, les transports et communications sont les principaux moteurs de cette croissance. Les exportations ont également enregistré une forte expansion. À moyen terme, les perspectives de croissance pour le pays, fortement stimulées par les découvertes de gaz naturel, s’établissent autour de 7 %1. Les contre-performances du secteur agricole, où travaille 75 % de la population active du pays, ont toutefois fortement contribué à l’absence de création d’emplois et au sous-emploi. La rapide croissance du PIB n’a pas permis de réduire notablement la pauvreté ni d’améliorer dans leur ensemble les conditions socio-économiques de la majorité de la population. La croissance de l’agriculture doit donc connaître une accélération pour influer davantage sur la réduction de la pauvreté. Un renforcement des ressources humaines de base, un accroissement des moyens et de l’efficacité institutionnels augmenteraient l’attractivité de la Tanzanie auprès des investisseurs locaux et étrangers, ce qui aurait un effet stimulant sur l’environnement des affaires.
Si l’assainissement budgétaire a été obtenu, l’accumulation croissante d’arriérés quasi-budgétaires (en particulier dans les secteurs de l’énergie et des transports) est un motif de préoccupation. Enfin, les perspectives de croissance à moyen terme sont suspendues à la solution de la crise énergétique chronique que connaît le pays. Les principales menaces pesant sur la croissance et le budget de la Tanzanie tiennent aux difficultés financières majeures du fournisseur d’électricité Tanzania Electricity Supply Company (TANESCO). Faute d’être surmontées, d’autres coupures d’électricité sont à craindre ainsi qu’un fardeau budgétaire supplémentaire. Les réserves en gaz naturel récemment découvertes pourraient donner une impulsion au développement futur. Une gestion judicieuse des recettes fiscales additionnelles est déterminante pour établir un partage des profits exceptionnels et des bénéfices. Les recettes tirées des industries extractives, en particulier, devraient servir à développer d’autres secteurs à intensité de main-d’œuvre et éviter les écueils associés à la croissance sans emploi. Cela implique une modernisation du cadre juridique et institutionnel et l’élaboration de plans d’investissement sectoriels. Une rapide adoption de la révision constitutionnelle en cours aidera aussi à assurer un bon déroulement des élections en 2015.
Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (E)
Tableau 1.Indicateurs Macro-économiques: Tanzania
|
2011
|
2012(e)
|
2013(p)
|
2014(p)
|
|
| Taux de croissance du PIB réel |
6,4
|
6,4
|
6,9
|
7
|
| Taux de croissance du PIB réel par habitant |
3,4
|
3,3
|
3,8
|
3,9
|
| Inflation IPC |
12,7
|
16,1
|
8,4
|
6,9
|
| Balance budgétaire % PIB |
-6
|
-9,1
|
-3,9
|
-3,1
|
| Balance courante % PIB |
-11,9
|
-11,1
|
-11,9
|
-10,8
|
| Source : Données des administrations nationales ; calculs des auteurs pour les estimations et les prévisions. 2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions. |
||||
Développements récents et perspectives
Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)
| 2007 | 2012 | |
| Agriculture, sylviculture et pêche | - | - |
| Agriculture, chasse, sylviculture et pêche | 30 | 27.7 |
| Construction | 8.6 | 8.8 |
| Electricité, gaz et eau | 2.2 | 2.4 |
| Electricité, eau et assainissement | - | - |
| Extractions | - | - |
| Finance, assurance et solidarité sociale | - | - |
| Finance, immobilier et services aux entreprises | 12.3 | 11.4 |
| Services des administrations publiques | 8.7 | 8.8 |
| Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs | 100 | 100 |
| Industries manufacturières | 8.6 | 10.2 |
| Mines | 3.9 | 3.7 |
| Autres services | 2.8 | 2.7 |
| Administration publique et services personnels | - | - |
| Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels | - | - |
| Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels | - | - |
| Services sociaux | - | - |
| Transports, entreposages et communications | 7.2 | 8.2 |
| Transport, communications et information | - | - |
| Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants | 15.7 | 16 |
| Vente en gros et de détail, immobilier | - | - |
Sur son élan, la croissance de l’économie tanzanienne a progressé pour atteindre 6.4 % en 2012 contre 6.4 % en 2011. L’économie a résisté à la fois aux chocs interne et externe. La croissance a été principalement tirée par l’agriculture, l’industrie, le commerce de gros et de détail, les transports et les communications. Grâce aux ventes d’or, en particulier, elle a également poursuivi ses bonnes performances à l’exportation : 8.7 milliards de dollars (USD) en 2012, soit 18 % de plus que les 7.4 milliards USD enregistrés en 20l1. Ces résultats ont permis de maintenir en 2012 les réserves de change à un niveau équivalent à quatre mois d’importations de biens et services.
Les perspectives de croissance à moyen terme ont été considérablement améliorées par les découvertes de gaz naturel. Avec environ 930 milliards de mètres cubes de réserves prouvées exploitables, la Tanzanie peut espérer encaisser quelques 10 à 15 milliards USD au cours des dix prochaines années. Ces découvertes pourraient conduire à la création d’une usine de gaz liquéfié (GNL). Elles ouvrent des perspectives
d’augmentation des investissements directs étrangers (IDE), stimulés par les relations de la Tanzanie avec les économies asiatiques en forte croissance (notamment l’Inde) appelées à devenir des destinations intéressantes pour des exportations de GNL. En 2012, le groupe British Gas, un investisseur important, a ainsi fait part de son intention d’intensifier sa présence en investissant 500 millions USD dans l’exploration du gaz naturel tanzanien. Selon les prévisions, le PIB réel augmentera de 6.9 % en 2013 et de 7 % en 2014, tiré principalement par les investissements dans le secteur gazier et par la poursuite de l’expansion des services et de l’industrie. La construction en cours d’un gazoduc de 532 kilomètres entre Mtwara et Dar es-Salaam dopera également à moyen terme la croissance. Le secteur des services, qui compte pour environ la moitié du PIB, devrait progresser de 8.5 % en 2013 et de 8.9 % en 2014, sous l’effet de la croissance rapide du commerce et de la réparation (10.4 % en 2013, 11.2 % en 2014), des communications (19.2 % en 2013 et 2014) et de l’intermédiation financière (10 % en 2013, 10.5 % en 2014). Les secteurs de l’industrie et de la construction, toujours selon les prévisions, connaîtraient une croissance de 9.8 % en 2013 et de 10.2 % en 2014, tirée par les industries manufacturières (11.3 % en 2013, 11.8 % en 2014), les transports (7.8 % en 2013, 8 % en 2014) et la construction (9.8 % en 2013, 9.6 % en 2014).
La croissance modérée de l’agriculture (3.1 % en 2011) est tributaire du régime aléatoire des précipitations. L’amélioration de la productivité des petites exploitations, la modernisation de l’ensemble du secteur, avec des mesures telles que la fourniture d’engrais et de semences améliorées, l’apport de crédits et l’intensification des investissements pour l’irrigation figurent parmi les problèmes structurels à résoudre rapidement. La composition actuelle de la croissance de l’agriculture, basée sur la production de riz à grande échelle et de blé et sur les exportations de cultures traditionnelles, représente un défi. Renforcer la croissance de l’agriculture avec un éventail plus large de sous-secteurs est indispensable pour accélérer, grâce à la croissance, la réduction de la pauvreté. Compte tenu de ces réserves, l’agriculture, qui emploie les trois quarts de la population active tanzanienne et contribue pour 27.7 % au PIB, devrait croître, selon des prévisions optimistes, de 5.1 % en 2013 et de 5.2 % en 2014.
À moyen terme, les perspectives de croissance pour la Tanzanie dépendent fortement d’une amélioration de la situation de l’énergie. L’hydroélectricité assure 55 % des sources d’énergie et l’entreprise publique Tanesco fournit l’électricité à un prix élevé, non seulement parce qu’elle doit acheter l’électricité coûteuse fournie par les producteurs indépendants pour remédier à la pénurie, mais aussi parce qu’elle est minée par son inefficacité dans la distribution du courant et dans la perception des recettes. Alors que la production d’énergie s’était à peu près stabilisée en 2012, la situation s’est aggravée début de 2013 et le secteur est aujourd’hui considéré comme étant sur le point de s’effondrer. Avec des arriérés financiers de l’ordre de 1.3 % du PIB, Tanesco aurait besoin d’importants investissements pour moderniser ses infrastructures obsolètes de production, de transmission et de distribution. Pour la seule capitale Dar es-Salaam, principal centre industriel et commercial du pays, Tanesco devrait remplacer la plupart des transformateurs – en service depuis plus de 35 ans – desservant le centre-ville. Selon les pouvoirs publics, la réalisation du gazoduc de Mtwara à Dar es-Salaam apportera une solution aux problèmes actuels grâce à l’augmentation de l’indispensable production d’électricité par du gaz.
Politiques macroéconomiques
Politique budgétaire
Après trois années difficiles, la position budgétaire de la Tanzanie s’est nettement redressée, en particulier pour les recettes attendues et les déficits. Pour l’année budgétaire 2011/12 les recettes intérieures ont dépassé d’environ 4 % les prévisions budgétaires alors que, durant les trois exercices précédents, le recouvrement des impôts était de 10 % inférieur aux prévisions. Dans le budget 2012/13, les dépenses s’élèvent à 15.1 mille milliards de shillings tanzaniens (TZS), en augmentation de 11.8 % sur les 13.5 mille milliards TZS du budget 2011/12. La physionomie générale du budget n’a pas été modifiée par rapport aux deux exercices précédents, 70 % des crédits allant aux dépenses de fonctionnement et 30 % aux dépenses de développement. Le budget 2012/13 a été consolidé pour prendre en compte l’augmentation des dépenses et rendre compatible le déficit budgétaire avec le niveau recommandé par l’instrument de soutien à la politique économique (ISPE) du Fonds monétaire international (FMI). Les dépenses budgétées pour 2012/13 représentent 28.4 % du PIB, en recul sur les 32 % du PIB en 2011/12. Le déficit prévu pour 2012/13 compte pour 3.9 % du PIB, conformément à l’ISPE, alors qu’il représentait plus de 9.1 % du PIB dans les deux exercices précédents. Les recettes intérieures devraient passer de 6.9 % du PIB en 2011/12 à 18 % du PIB en 2012/13. La hausse des recettes fiscales et la baisse des dépenses non prioritaires étaient impératives pour mener à bien le processus en cours d’assainissement budgétaire. Les investissements dans les infrastructures et le secteur social restent les priorités.
Contrairement aux années précédentes, le budget de fonctionnement 2012/13 est entièrement couvert par des recettes de fonctionnement, à savoir le total des recettes intérieures et des dons. Avec plus de 70 000 nouvelles embauches dans l’éducation, la santé, l’agriculture et d’autres secteurs, le total des salaires sera probablement supérieur au niveau prévu de 6.5 % du PIB. La Tanzanie envisage d’adhérer à un système de budget de trésorerie tout en évitant un financement inflationniste du déficit et en maintenant, dans les limites acceptées par l’ISPE, les emprunts intérieurs et les emprunts extérieurs à conditions non préférentielles. Le financement intérieur net pour 2012/13 est budgété à 1 % du PIB, en ligne avec l’ISPE, et les emprunts à conditions non préférentielles prévus pour le financement du déficit à hauteur de 3 % du PIB. Les infrastructures et l’énergie restent des priorités budgétaires dans le but de remédier aux fortes contraintes pesant sur la croissance, premier objectif de la plupart des emprunts extérieurs à conditions non préférentielles prévus. L’accumulation croissante d’arriérés quasi budgétaires, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports, reste un sujet de préoccupation.
Tableau 3 : Opérations financières de l’état (pourcentage du PIB)
|
2009
|
2010
|
2011
|
2012
|
2013
|
2014
|
|
| Recettes totales (avec dons) |
21.5
|
20.5
|
21.2
|
48.8
|
20.6
|
19.8
|
| Recettes fiscales |
15.8
|
14.6
|
15.2
|
34.8
|
15.2
|
15
|
| Recettes pétrolières |
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
-
|
| Dons |
4.7
|
4.6
|
4.7
|
10
|
3.9
|
3.3
|
| Dépenses totales (et prêts nets) (a) |
25.7
|
27.5
|
27.2
|
57.8
|
24.5
|
22.9
|
| Dépenses courantes |
17.7
|
18.8
|
19.2
|
37.5
|
16.5
|
15.6
|
| Sans les intérêts |
16.8
|
18
|
18.2
|
35.2
|
15.2
|
14.2
|
| Salaires |
6.1
|
5.7
|
6.7
|
14.6
|
5.9
|
5.5
|
| Intérêts |
0.9
|
0.8
|
1
|
2.3
|
1.3
|
1.4
|
| Solde primaire |
-3.3
|
-6.1
|
-4.9
|
-6.7
|
-2.6
|
-1.7
|
| Solde global |
-4.2
|
-7
|
-6
|
-9.1
|
-3.9
|
-3.1
|
2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.
Politique monétaire
La Banque de Tanzanie applique une politique monétaire restrictive pour réduire les pressions inflationnistes. En conformité avec l’objectif de soutien de la croissance économique et de maintien de la stabilité des prix, le taux de croissance annuel de la base monétaire moyenne était de il % à la fin de 2012, en forte baisse par rapport à l’objectif de 19 % et au taux de 19.8 % enregistré en 2011. La croissance annuelle de la masse monétaire au sens large a atteint 13.1 %, en retrait sur l’objectif de la Banque de Tanzanie (en dessous de 19 %) et sur la hausse de 18.2 % enregistrée en 2011. Le taux d’escompte est resté stable à 12 % et le taux Lombard s’est établi en moyenne en 2012 à 13.9 %, le maximum de 26.4 % ayant été atteint en janvier et le minimum de 4.9 % en novembre. Le taux des dépôts d’épargne a été de 2.9 % en moyenne en 2012, le taux des prêts de 15.5 %, également en moyenne. En ligne avec ces évolutions de la masse monétaire et des taux d’intérêt, les crédits au secteur privé ont augmenté de 18 2 % en 2012, légèrement en dessous de l’objectif de 20 % et très en dessous de la croissance de 27.2 % enregistrée en 2011. La plus grande partie du crédit a été consacrée aux dépenses des ménages, au commerce, à l’industrie, à l’agriculture, aux transports et communications. L’amélioration de l’approvisionnement alimentaire et la situation relativement stable de l’énergie – deux importantes sources de dépenses dans l’ISPE – conjuguées à une politique monétaire prudente ont contribué à atténuer les pressions inflationnistes sur l’économie. Bien qu’en recul sur le pic de la décennie de 19.8 % atteint en décembre 2011, pour retomber à 12.1 % en décembre 2012, l’indice des prix à la consommation reste à deux chiffres à cause de la cherté des prix de l’alimentation et de l’énergie. L’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) s’est établie en moyenne à 8.8 % en 2012, avec un maximum de 9.2 % en août et un minimum de 8.6 % en février.
La monnaie est restée stable en 2012. Le cours moyen pondéré de change publié par la Banque de Tanzanie a fluctué durant l’année entre 1 574 et 1 592 TZS pour un dollar. Pour l’avenir, la Banque de Tanzanie a fait part de son intention d’accroître ses moyens de prévision de l’inflation et de s’orienter progressivement vers un objectif de taux d’intérêt plutôt qu’un objectif monétaire. La politique de taux de change restera déterminée par le marché, avec des interventions limitées pour lisser les fluctuations à court terme.
Le secteur bancaire privé est resté sain et rentable en 2012 et les ratios d’adéquation du capital supérieurs aux normes réglementaires. L’augmentation des prêts improductifs et les marges nettes relativement élevées des taux d’intérêt sont les principaux sujets de préoccupation. Il reste quelques domaines à améliorer comme la prévention du blanchiment d’argent et la surveillance des opérations bancaires. Coopération économique, intégration régionale et commerce
La Tanzanie est partie prenante dans plusieurs accords commerciaux régionaux et organisations économiques régionales, en particulier la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (Southern African Development Community – SADC). Conformément aux protocoles signés, le pays a fait des efforts considérables pour accélérer l’intégration régionale en s’appuyant sur la réduction tarifaire. Il met en œuvre le protocole du marché commun de la CAE, opérationnel depuis juillet 2010, qui a fait l’objet d’une stratégie nationale spécifique, la National Strategy for Implementing the Common Market Protocol. La Tanzanie joue un rôle important dans le processus des États membres de la SADC pour instaurer un marché commun.
Elle participe aussi activement, dans le cadre des accords régionaux, et notamment au sein de la CAE, aux travaux visant à simplifier les procédures douanières et à mettre en œuvre des mesures facilitant le commerce. Les barrières tarifaires ont déjà été éliminées grâce à la mise sur pied d’une union douanière régionale. Avec les autres membres de la Communauté, la Tanzanie travaille à la levée des barrières non tarifaires et à faciliter le commerce transfrontalier régional. L’implantation d’un poste frontière unique à Namanga, à la frontière entre le Kenya et la Tanzanie, est en cours pour simplifier les mouvements de marchandises entre les deux pays. Parallèlement à ses efforts pour mettre en œuvre une union douanière pleinement opérationnelle de la cAe, la Tanzanie a conclu en 2012 avec le Kenya un accord prévoyant des échanges en continu (24 heures sur 24) à travers leur frontière.
Les exportations de biens et services se sont élevées à 8.7 milliards USD en 2012, une hausse de 17.4 % sur les 7.4 milliards USD enregistrés en 2011. Les importations de biens n’ont augmenté que de 5.3 %, passant de 12 milliards USD en 2011 à 12.7 milliards uSd en 2012. La balance du compte courant s’est légèrement améliorée, son déficit se réduisant de 13.6 % en passant de 3.97 milliards USD en 2011 à 3.44 milliards USD en 2012. Les résultats à l’exportation ont été étonnamment meilleurs que ceux du Brésil, de la Tunisie, de Maurice, de la Malaisie, de la Corée du Sud et de la Thaïlande sur la période 2000-12. Le total des marchandises exportées a quintuplé pour atteindre 5.2 milliards USD en 2012.
Cette croissance rapide a été tirée par l’émergence de l’or, dont la valeur des exportations est passée de 383 millions USD en 2002 à plus de 2 milliards USD en 2012, et le renchérissement des prix mondiaux des matières premières agricoles traditionnellement exportées par la Tanzanie comme le café, le tabac et le sisal. Les exportations de produits manufacturiers sont passées de 7 % du total des marchandises exportées en 2002 à 20 % en 2012.
Un fait marquant des exportations tanzaniennes a été la diversification des marchés en dehors de l’Union européenne (UE). De 2000 à 2011, les exportations vers l’UE ont chuté de 50 à 30 % du total des exportations, alors que, vers l’Asie, elles ont grimpé de 23 à presque 30 %. Plus important encore : les exportations vers les pays africains ont bondi de 10 à 30 %.
Malgré ces développements positifs, la Tanzanie reste vulnérable aux chocs extérieurs. D’abord, les exportations sont très concentrées : en valeur, l’or compte pour 40 % du total des marchandises exportées ; une chute des cours mondiaux aurait pour effet de réduire fortement les recettes totales tirées des exportations. Ensuite, la rapide croissance annuelle de la période 2000-12 partait d’une base très faible, la part des biens et services exportés dans le PIB n’étant initialement que de 13 %. En troisième lieu, la grande majorité des marchandises exportées, comme les minerais et les produits agricoles non transformés, ont peu de valeur ajoutée et peu d’effet direct sur les emplois et le développement technologique dans l’économie nationale. Par conséquent, un ralentissement de l’activité économique au plan mondial et régional pourrait affecter négativement la croissance des exportations, les IDE et le financement des marchés. Fin 2012, la balance des paiements s’est trouvée sous pression à cause de la facture élevée des importations de pétrole. En raison des carences structurelles du secteur de l’énergie, le tiers environ de la production énergétique de la Tanzanie dépend en effet de centrales électriques alimentées au fioul.
Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)
|
2004
|
2009
|
2010
|
2011
|
2012
|
2013
|
2014
|
|
| Balance commerciale |
-7.6
|
-13.4
|
-12.3
|
-15.2
|
-13.8
|
-14.3
|
-12.9
|
| Exportations de biens (f.o.b.) |
11.1
|
13.6
|
18.9
|
20.2
|
18.5
|
17
|
17.6
|
| Importations de biens (f.o.b.) |
18.7
|
27
|
31.2
|
35.4
|
32.4
|
31.3
|
30.5
|
| Services |
1.2
|
1.5
|
1.1
|
0
|
0
|
0
|
0
|
| Revenu des facteurs |
-0.9
|
-0.3
|
-0.2
|
-0.1
|
-0.1
|
-0.1
|
-0.1
|
| Transferts courants |
4.6
|
3.3
|
3.7
|
3.4
|
2.9
|
2.5
|
2.2
|
| Solde des comptes courants |
-2.8
|
-9
|
-7.7
|
-11.9
|
-11.1
|
-11.9
|
-10.8
|
2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.
Politique de la dette
La dette extérieure de la Tanzanie s’est accrue de 7 %, passant de 10.6 milliards USD fin 2011 à 10.7 milliards USD fin 2012 à cause d’un récent décaissement à l’État et d’une accumulation d’arriérés d’intérêts du secteur privé. En décembre 2012, la dette extérieure s’établissait à 37.3 % du PIB tanzanien. Selon une récente analyse de viabilité menée conjointement par les autorités, le FMI et la Banque mondiale, le risque d’une crise de la dette est faible et la dette publique devrait demeurer à un niveau tenable dans le moyen terme. En outre, la viabilité de la dette pourrait être renforcée dans la décennie à venir par l’exploitation des importantes réserves de gaz naturel en eaux profondes, un élément qui n’est actuellement pas pris en compte dans les analyses de viabilité.
Les indicateurs de la dette sont sensibles aux emprunts à conditions non préférentielles. Les importants besoins en financement pour la mise en œuvre d’un plan sur cinq ans (Five Year Development Plan) impliqueront des emprunts à conditions non préférentielles aussi bien que des accords de partenariat public/privé qui pourraient avoir des conséquences à court terme sur le service de la dette publique. Étant donné que la viabilité de la dette est sensible aux conditions des emprunts et à leur utilisation, les emprunts à conditions non préférentielles devraient être utilisés pour les projets d’investissement hautement prioritaires. Les actuels prêts à taux non préférentiels sont destinés aux projets de développement, notamment les infrastructures. La Tanzanie contrôle l’émission des garanties sur les prêts aux institutions publiques dans l’optique de maintenir la viabilité de la dette publique.
Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013
Gouvernance économique et politique
Secteur privé
Les stratégies et plans mis en œuvre pour conduire à un changement fondamental dans le développement socio-économique du pays attribuent au secteur privé un rôle de moteur pour la croissance. Dans plusieurs domaines la Tanzanie a obtenu de bons résultats, mais elle a pris du retard pour aider les entreprises privées. D’après l’indice de perception de la corruption de Transparency International, elle a amélioré sa position, passant de la 116e place sur 178 pays en 2011 à la 102e sur 174 pays en 2012, dans un contexte d’enquêtes approfondies sur des affaires de corruption de haut vol.
Le système de déclaration préalable à l’arrivée et de présentation électronique des déclarations douanières a accéléré le commerce transfrontalier, et la suppression des demandes de licences d’exploitation auprès des agents sanitaires, municipaux et fonciers a aidé au lancement des entreprises. Mais le coût croissant des permis de construire et les obstacles à l’importation de produits ont compliqué la gestion des affaires. Dans le classement Doing Business de la Banque mondiale, la Tanzanie a légèrement régressé, passant de la 127 e place sur 183 pays en 2012 à la 134e sur 185 pays en 2013. Une détérioration des conditions de la conduite des affaires pourrait être un frein à leur expansion et à de nouveaux investissements et influer négativement sur la croissance et la création d’emplois.
Le taux national d’accès à l’électricité est de 16 % seulement, et est encore plus bas dans les campagnes (3.6 %). La forte dépendance à l’hydroélectricité de la Tanzanie, qui subit de fréquentes périodes de sécheresse, la rend vulnérable aux conditions climatiques et les coupures de courant à répétition représentent un handicap majeur pour les entreprises. L’accroissement de la capacité de production électrique grâce à des sources alternatives d’énergie est par conséquent vital. À cet effet, la société nationale d’électricité Tanesco s’efforce de trouver des solutions pratiques pour accroître son efficacité et alléger son budget.
La congestion du port de Dar es-Salaam résultant de la croissance rapide du trafic est devenue un obstacle à son efficacité. Le rapport entre la demande et la capacité du port est de 140 %, pourcentage très supérieur au chiffre moyen de 80 %. Surmonter tous les handicaps d’infrastructures, estimés à 2.4 milliards USD annuels pour les dix années à venir, apparaît comme un impératif absolu. Secteur financier
Des progrès importants ont été enregistrés dans le secteur financier. Les crédits nets au secteur privé ont augmenté, passant de 10 % du PIB en 2005 à 17 % en 2012. Avec un rendement des capitaux propres de 17.4 %, une marge nette d’intérêts de 73 % et un ratio de 7.5 % des prêts improductifs, le secteur bancaire est resté très rentable. En outre, un ratio sain de 18.5 % en 2012 de fonds propres, très supérieur au minimum requis de 10 %, et un ratio de liquidité de 39 % témoignent d’un secteur bancaire en bonne santé au regard des normes internationales et récompensent plusieurs années de réformes conduites avec succès dans le secteur financier. Celui-ci n’en reste pas moins étroit par comparaison aux pratiques régionales. À 31.7 %, la financiarisation de l’économie est beaucoup plus basse que dans la plupart des pays émergents. Les prêts bancaires aux principaux secteurs économiques poursuivent leur croissance à un rythme soutenu, en particulier dans le commerce, la construction et l’agriculture. Avec une progression de 20 %, le financement du commerce reste le plus dynamique. La libéralisation des services financiers et des télécommunications semble être payante. Les services financiers traditionnels comme les services en ligne poursuivent leur croissance, avec pour effet une intégration financière accrue. Le nombre d’utilisateurs des services en ligne a bondi de 14 000 en 2008 à 21 millions en 2011. De nouvelles réglementations bancaires sont en préparation pour étendre le champ d’action des coopératives financières et de la microfinance vers des commerces non bancaires de détail. La réglementation de la micro-assurance vise à offrir un cadre aux produits d’assurance destinés aux ménages à bas revenus et aux micro-entreprises.
En dépit de ces développements remarquables, l’accès limité aux services financiers dans les zones rurales est devenu très handicapant pour les petits entrepreneurs. Le secteur bancaire officiel devrait être optimisé pour toucher 90 % de la population rurale au risque de la laisser à l’écart de services financiers réguliers. Quelques institutions de microfinance ont été créées, mais elles sont dans l’impossibilité d’accéder au marché financier qui leur permettrait de prêter à des taux accessibles. Les taux d’intérêt élevés (supérieur à 33 %) ont renchéri les emprunts et écarté les communautés rurales de ces services.
Gestion du secteur public, institutions et réformes
Des progrès ont été accomplis par la Tanzanie pour le contrôle financier, en particulier par les institutions ad hoc comme le Controller and Auditor General’s Office (CAG) et le Parlement. Après plusieurs années de réformes, le National Audit Office est en passe de recevoir sa pleine accréditation auprès de l’organisation africaine des cours des comptes (Afrosai III). Toutefois, des obstacles sont encore à surmonter pour le contrôle, la transparence et les instruments institutionnels de gestion du secteur public. Des réformes profondes dans les services publics : lutte contre la corruption, gestion des finances publiques et des autorités locales sont poursuivies avec des résultats mitigés. Quoique des progrès aient été enregistrés dans la gestion des fonds de pension, leur situation actuarielle est fragile et des risques budgétaires latents subsistent. La Tanzanie a adopté une législation contre le blanchiment de l’argent. L’exécution de la Phase II des réformes du secteur public devant s’achever en 2012 a été retardée par des obstacles institutionnels et une absence de hiérarchisation des priorités qui devront être prises en considération lorsque sera lancée la Phase III des réformes. La préparation du budget bénéficie de procédures bien au point, mais son exécution est parfois défaillante. L’accumulation d’arriérés dus à des dépassements de crédit et le non-respect des règles financières ont mis sous pression les prévisions budgétaires. Les insuffisances dans la gestion des flux de trésorerie, que le CAG attribue en partie à la faiblesse de la passation des marchés publics, représentent un autre sujet de préoccupation. Le gouvernement a modifié en 2011 la loi de 2004 sur la passation des marchés publics pour la rendre compatible avec les nouveaux besoins et renforcer les fonctions de réglementation de l’autorité de tutelle, la Public Procurement Regulatory Authority.
Des progrès ont été enregistrés dans la décentralisation. Mais la réforme des autorités locales a été ralentie par le manque de moyens en ressources humaines. Leur fonctionnement a aussi été perturbé par le versement tardif des fonds de la part du Local Government Capital Development Grant. Le lent progrès des réformes, en particulier pour la gestion des finances publiques et la passation des marchés, la transparence et les contrôles financiers insuffisants ont entraîné une baisse de l’aide étrangère à travers l’appui budgétaire général.
Gestion des ressources naturelles et environnement
Les ressources naturelles interviennent pour une part importante dans le PIB. Les mines, les pêches, les forêts et la chasse représentaient 5.5 % du PlB en 2011, le secteur minier comptant à lui seul pour 3.3 %. Une contribution importante au PIB provient aussi de secteurs comme le tourisme dans les zones naturelles et la production d’énergie hydroélectrique. Avec les lourds investissements attendus dans les années à venir pour l’industrie du gaz naturel, la contribution des ressources naturelles à l’économie est appelée à augmenter rapidement.
En dépit de l’exploitation croissante des ressources naturelles en vue d’en retirer des avantages économiques, les progrès de la Tanzanie pour assurer la viabilité de l’environnement sont lents. La loi sur la gestion de l’environnement de 2004 et la réglementation sur l’audit environnemental de 2005 ont fourni des instruments d’évaluation des incidences environnementales et sociales. La loi sur le secteur minier de 2010 s’efforce de garantir un partage équitable des bénéfices tirés des ressources naturelles. Compte tenu de la place grandissante de ces ressources dans le développement économique, une réglementation publique efficace s’impose pour assurer un développement durable et faire obstacle aux désastres écologiques et aux conflits sur les ressources.
La Tanzanie est proche d’atteindre la partie relative à l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable dans les zones urbaines (83 % d’accès en 2009 avec un objectif fixé 85 % en 2015) du 7e objectif du Millénaire pour le développement (OMD). Mais l’approvisionnement dans les zones rurales reste insatisfaisant (57.1 % en 2009 avec un objectif fixé à 74 % en 2015) et la situation ne s’est pas améliorée depuis 2005, en ville comme à la campagne. Le taux national d’accès à des installations sanitaires de base s’établit à 13 % en 2010, contre 7 % en 2004, loin des OMD.
Contexte politique
La Tanzanie présente un contexte politique stable et confirme sa réputation de pays pacifique. Grâce à l’inscription des droits politiques et civils dans la Constitution et la volonté d’une politique de décentralisation assortie d’une dévolution des pouvoirs, la tenue d’élections libres et régulières garantit l’application par le gouvernement de la volonté majoritaire. Toutefois, de récents événements sont sources d’inquiétude. Des scrutins et des résultats contestés, des interdictions de manifestations en 2011/12 ont parfois conduit à des affrontements politiques. De récentes violences contre des journalistes suscitent des préoccupations quant à la sécurité de la presse. Confronté à des allégations grandissantes de corruption en son sein, le parti Chama Cha Mapinduzi (parti de la révolution) au pouvoir a élaboré un programme de travail en vue d’éradiquer la corruption dans ses rangs. La mise à l’écart de hauts dirigeants de certains postes à l’intérieur du parti s’inscrit dans cette démarche.
Malgré les progrès, la Tanzanie connaît encore des difficultés dans la pratique démocratique. L’exécutif est omniprésent bien que la séparation des pouvoirs soit inscrite dans la Constitution. La justice est soupçonnée de corruption et d’inefficacité. Un cadre réglementaire juridique et institutionnel excessivement restrictif entrave le bon fonctionnement d’un système multipartite. La révision constitutionnelle en cours devrait remédier à ces difficultés. Elle doit examiner la compatibilité de la Constitution actuelle avec les principes de la souveraineté du peuple, de la démocratie et de la bonne gouvernance.
Contexte social et développement humain
Développement des ressources humaines
L’insuffisance des ressources humaines contrarie sérieusement les efforts de la Tanzanie pour libérer son potentiel de croissance. Le niveau élevé de malnutrition infantile (39 % des moins de 5 ans ont des retards de croissance et 16.8 % souffrent de carences alimentaires) affecte le développement du capital humain. Le taux de scolarisation dans le primaire est retombé à 94 % (contre 95 % en 2010 et un pic de 97 % atteint en 2006), comme le taux d’achèvement de la scolarité, tombé de 69.3 à 64.4 %. Le rapport 2012 sur la pauvreté et le développement humain attribue ces reculs à « l’absentéisme » et à la violence. Bien qu’en amélioration, de 1.51 en 2010 à 1.48 en 2011, le ratio enseignant/élève souligne l’existence de classes surpeuplées. Favoriser et améliorer l’environnement scolaire, remédier à la pénurie d’enseignants et d’équipements et prendre des mesures incitatives en faveur des enseignants, en particulier dans les régions reculées disposant d’un accès limité aux routes, figurent parmi les principales réformes à promouvoir.
Le taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire est passé de 29.9 % en 2010 à 32.1 % en 2011. Dans l’enseignement supérieur, il s’est accru de 17 % en 2010/11 ; dans l’enseignement professionnel, il a progressé de 26 % du fait du doublement des admissions par des institutions non gouvernementales, et de 69 % en 2011 dans l’enseignement technique. L’effondrement récent (de 90 % en 2007 à 50.4 % en 2010) de la proportion des élèves réussissant les examens de quatrième année et les faibles niveaux scolaires dans les écoles primaires sont particulièrement préoccupants. Autre sujet d’inquiétude : le nombre croissant de diplômés du supérieur mal préparés à l’entrée sur le marché du travail.
La Tanzanie est en passe de réaliser l’OMD sur la réduction de la mortalité des enfants. Le taux de mortalité des moins de 5 ans a baissé, passant de 112 pour 1 000 naissances vivantes en 2004 à 81 en 2010.Au cours de la même période, la mortalité infantile a reculé de 68 à 51 pour 1 000 naissances vivantes. Le taux de mortalité maternelle, qui avait tendance à se détériorer, s’est en revanche amélioré : avec 454 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 2010, une progression a été enregistrée par rapport aux 578 décès enregistrés en 2005.Des progrès ont également été accomplis dans la réduction de l’incidence du VIH/sida, à 5.7 contre 6.8 % en 2005. Mais elle peut encore atteindre 15 % dans certaines régions. L’enquête 2012 sur les indicateurs de VIH/sida et de paludisme fait état d’une augmentation de la proportion des enfants de moins de 5 ans dormant sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide (de 25 % en 2008 à 72 % en 2011/12) et une chute corrélative de la prévalence du paludisme, passée de 19.1 % en 2006 à 10 % en 2011/12. Cette enquête révèle également les progrès de la sensibilisation au VIH/sida, de l’accès aux médicaments antiviraux et de l’utilisation de préservatifs, qui peuvent contribuer grandement à réduire la prévalence du VIH/sida. Mais l’insuffisance de l’accès à l’eau potable et la pauvreté des installations sanitaires de base continuent de poser de graves difficultés pour la santé (comme des diarrhées chez les enfants).
Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail
Les plans et stratégies pour le développement national de la Tanzanie proposent un programme de réduction de la pauvreté, considérée comme un enjeu politique prioritaire. L’Enquête sur le budget des ménages (Household Budget Survey 2007) fait état d’un haut niveau de pauvreté (33 % au plan national, 37.6 % dans les zones rurales), en dépit de la forte croissance économique que continue de connaître le pays. Selon une enquête par sondage (National Panel Survey- NPS) la situation s’est encore dégradée sur la période 2009-11. Une croissance économique dépourvue de base large, des taux élevés d’inflation et une forte croissance démographique peuvent expliquer la détérioration du taux de pauvreté. Les données du sondage révèlent aussi un léger tassement au regard de l’inégalité, le coefficient Gini passant de 0.36 en 2009 à 0.37 en 2011. De nombreuses initiatives destinées à réduire la pauvreté sont suivies de peu d’effet, faute de moyens, d’engagement et de volonté politiques et d’un environnement institutionnel adéquat. L’initiative baptisée « Kilimo Kwanza » ou « Agriculture d’abord » n’a pas encore produit les fruits escomptés pour les revenus et l’emploi dans le secteur agricole. Une autre initiative (Agricultural Growth Corridor of Tanzania) destinée à encourager le partenariat public/privé dans la transformation agricole progresse lentement en raison d’une politique incohérente et de sa faible transparence, en particulier sur les questions des impôts et de la terre. Aucune donnée sur l’emploi n’est disponible depuis la publication en 2006 de l’enquête Integrated Labour Force Survey. Le NPS de 2011 fait état d’un accroissement de la population active et d’une dégradation de l’emploi. Le sous-emploi des jeunes est élevé. La qualité de l’enseignement est faible, les possibilités de formation limitées et les perspectives de création d’emplois dans le secteur privé sont loin de répondre aux attentes. D’autre part, l’absence de perspectives dans un secteur agricole connaissant une faible croissance pousse les jeunes ruraux, avides d’un avenir meilleur, à émigrer en ville. Avec 42 % de sa population âgée de moins de 25 ans, la Tanzanie est soumise à une énorme pression pour créer des emplois et absorber le nombre grandissant de jeunes qui arriveront dans les années à venir sur le marché du travail. Miser sur le potentiel du secteur privé pourrait offrir une réponse à de tels défis.
L’absence de tout système efficace de protection sociale aggrave encore le fléau de la grande pauvreté. Les mécanismes actuels sont limités et, pour l’essentiel, réservés aux entreprises du secteur formel. Ils excluent l’économie informelle qui emploie la majorité des travailleurs. Conséquence : seulement 3 % de la population active tanzanienne sont couverts par un système de sécurité sociale. En outre, les institutions en place ne sont pas financièrement solides en raison de leur très mauvaise gestion. Faute d’une réforme énergique, le risque de banqueroute imminente pèse sur les trois caisses de retraite couvrant les travailleurs du secteur public, un problème aggravé par des réformes qui tardent à venir, en raison du manque d’intérêt politique qu’elle suscite. Parallèlement à ces réformes, la Tanzanie devra achever l’élaboration du Cadre de protection sociale ( National Social Protection Framework) en panne depuis 2011.
Égalité hommes-femmes
La Tanzanie a fait des progrès notables vers l’égalité hommes/femmes. L’OMD prévoyant l’égalité entre les sexes dans les établissements primaire et secondaire est d’ores et déjà atteint. Pour les inscriptions à l’université, qui concernent 42 % de l’enseignement supérieur, l’écart entre les sexes est tombé de 32.1 % en 2008 à 28.4 % en 2011, mais s’est maintenu à 32 % dans l’enseignement supérieur. La place des femmes dans la population active est également très importante : 88.2 % en 2011 contre 90.0 % pour les hommes, avec un faible écart entre les sexes de 2.3 %, plus élevé toutefois pour le travail qualifié (22 %). Avec une proportion de 36 % de femmes élues au Parlement en 2010, la Tanzanie se situe à un haut niveau dans le contexte régional. Malgré l’adoption de réformes de fond en faveur du droit des femmes, notamment sur le droit de la famille et la propriété foncière, des inégalités subsistent. Une refonte du droit successoral est ainsi nécessaire pour protéger équitablement les droits des veuves et des mineures. Seules 38 % des veuves (contre 66 % au Rwanda et 92 % au Cambodge) peuvent hériter du patrimoine de leur mari décédé. Les faits de violence domestique contre les femmes sont courants et le faible nombre de plaintes enregistrées s’explique par la peur ou la gêne ressentie.
Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles
La Tanzanie dispose d’abondantes ressources naturelles. L’extraction minière a connu une croissance annuelle moyenne de 10.8 % après 2000, mais est tombée sous les 3 % depuis 2008. Les ressources minières, en particulier l’or, ont constitué une source de production industrielle importante. Les exportations d’or sont passées de 620 millions USD en 2001 à 1.8 milliard USD en 2011, grâce à la hausse des prix sur les marchés mondiaux. Les récentes découvertes de gaz et de nouveaux minerais devraient donner un coup de fouet aux industries extractives.
Des lacunes dans les contrats miniers grèvent les recettes fiscales. La Tanzanie aurait dû profiter davantage de l’exploitation des mines. La loi sur le secteur minier de 2010 devrait régler ce problème, grâce à l’augmentation de 3 à 4 % de la redevance sur les minerais, comme l’or, et à la possibilité pour l’État de prendre une participation dans les projets à venir. Mais un renforcement des règles institutionnelles et des moyens de contrôle seront nécessaires pour s’assurer que de tels gains seront effectivement réalisés. En termes de création d’emplois, de hausse des revenus et de développement humain, la majorité de la population n’a pas bénéficié de retombées positives des dotations de l’exploitation des ressources naturelles.
Les premières découvertes de 170 milliards de mètres cubes de gaz naturel ont été faites en 1974 ; la Tanzanie a entamé la commercialisation de la production en 2004. En juin 2012, de nouvelles et importantes découvertes, à terre et en mer, évaluées à 930 milliards de mètres cubes ont donné lieu à 26 accords de partage de la production signés avec 18 compagnies gazières de prospection. Malgré l’incertitude qui entoure le montant des revenus attendus, ceux-ci pourraient s’élever à 2.5 milliards USD par an, soit 46 % du total des recettes budgétaires tanzaniennes escomptées en 2012/13. Sur la période 2020-40, d’autres rentrées devraient s’ajouter, grâce aux découvertes de nouveaux gisements gaziers, qui permettront à la Tanzanie de se hisser au 34e rang mondial des pays disposant de réserves de gaz naturel et au 5e rang pour le continent africain. Au cours des vingt dernières années, l’économie de la Tanzanie a connu d’importants changements structurels. La part de l’agriculture dans le PIB a chuté de plus de 22.5 %, passant de 30.6 % en 2001 à 23 % en 2011. Durant la même période, la part de l’industrie dans le PIB a progressé de 10.7 %, passant de 8.4 à 9.3 %, mais ne compte toujours que pour un dixième de la production totale. Le secteur des services a progressé de 41.7 à 48 % du PIB. Les nouvelles composantes de la croissance, comme les communications, la construction, l’électricité et l’extraction minière, dont le gaz, accentueront probablement encore cette mutation. La création généralisée de richesses et la réduction de la pauvreté attendues de ces changements structurels ont été modérées. L’agriculture qui, avec 74 % de la population active, reste le premier secteur d’emplois pèse encore fortement dans la croissance. Le secteur manufacturier reste modeste alors que les nouveaux secteurs de croissance, comme l’activité minière, fonctionnent en circuit économique fermé peu créateur d’emplois. Avec les ménages ruraux, dont la majorité dépend de l’agriculture pour vivre, représentant 80 % des pauvres, la Tanzanie demeure un pays à prédominance agraire. Les autres phénomènes relèvent principalement d’une transformation en surface.
Les projets d’exploitation des ressources naturelles à des fins de changements socio-économiques s’inscrivent dans des stratégies spécifiques comme le Plan de développement quinquennal et le Long Term Perspective Plan, avec pour objectif d’atteindre le statut de pays à revenu moyen inscrit dans le texte Tanzania Development Vision 2025. Ces projets se sont trouvés renforcés par les récentes découvertes de gaz naturel. En 2012, une politique du gaz naturel a été élaborée pour déterminer les moyens de tirer le maximum d’avantages de l’industrie gazière en développement et de contribuer à la mutation de l’économie. Ce qui dépend de plusieurs facteurs : l’efficacité et la rentabilité de l’approvisionnement en gaz ; sa contribution aux finances publiques ; l’utilisation optimale des revenus tirés de l’industrie pour moderniser l’agriculture et les secteurs industriels ; une gestion efficace de l’industrie pour réduire au minimum ses effets négatifs sur l’environnement et la collectivité. Tout cela impose une rénovation profonde des cadres juridique et institutionnel du pays, un renforcement de la transparence et du contrôle financier et l’instauration de mécanismes clairs pour l’examen des contrats.
Une croissance sans emplois représente un autre risque majeur. Il importe de remédier aux insuffisances dans les ressources humaines, en particulier dans les formations techniques requises pour l’industrie, dans les infrastructures, dans le domaine des compétences pour la gestion des recettes, dans les secteurs de la santé et de la sécurité. L’établissement de liens avec d’autres secteurs nationaux pour faciliter des retombées financières sera également décisif.
Les conséquences des découvertes de gaz et d’autres ressources minérales sur les réformes en cours représentent un réel sujet de préoccupation. Elles pourraient en effet faire capoter les réformes de fond et conduire à une indiscipline budgétaire. Les gains tirés des récentes réformes et les bénéfices générés par les ressources naturelles pourraient être de courte durée si les réformes essentielles stagnaient. L’environnement est également un motif d’inquiétude, alors que les mesures appropriées ne sont pas encore prises pour se prémunir des effets négatifs de l’extraction des ressources à grande échelle. Les législations sur l’évaluation des dégâts environnementaux et leur examen public devraient être renforcées pour réduire autant que possible les dommages sur l’environnement provoqués par les industries extractives. De même, les formations techniques et les instruments institutionnels nationaux devraient être renforcés pour s’attaquer aux répercussions sur l’environnement.
Un relogement décent et des mécanismes compensatoires sont également nécessaires au profit des populations déplacées par les industries extractives. En dépit des lois en vigueur, la Tanzanie applique peu les mécanismes compensatoires, bien qu’il soit indispensable de garantir par des dispositions juridiques les acquisitions foncières. L’offre nationale en savoir-faire technologique, en capitaux et en compétences pour la gestion devrait rendre le partenariat public/privé bénéfique dans la mise en œuvre d’activités liées à l’industrie. Mais de tels accords de partenariat n’étant généralement pas sans risque, un mécanisme de partage des risques doit être instauré.
