République centrafricaine

La croissance, à 3.1 % en 2012, a été moins forte que prévu, et les perspectives économiques pour 2013 et 2014 se sont détériorées pour devenir très incertaines depuis les attaques rebelles de décembre 2012, qui ont conduit à la chute du régime de François Bozizé.
Les efforts déployés en matière de finances publiques ont permis de conclure en juin 2012 un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) et de renouer avec la Banque africaine de développement (BAfD) et la Banque mondiale, dont les appuis budgétaires étaient suspendus depuis fin 2010.
L’existence de ressources naturelles abondantes n’a pas encore abouti à un processus de transformation structurelle de l’économie, indispensable à une croissance économique forte et durable ainsi qu’à la réduction de la pauvreté.

Vue d’ensemble


Les perspectives économiques pour 2013 se sont nettement détériorées et sont même devenues très incertaines, en raison de la fragilité accrue de la situation politique et sécuritaire du pays. En effet, en dépit de la signature des Accords de sortie de crise de Libreville, le 11 janvier 2013, et de la formation d’un gouvernement d’union nationale, les rebelles de Seleka ont mené le 22 mars 2013 une offensive sur Bangui, la capitale, qui a conduit à un changement de régime. Le chef rebelle, Michel Djotodia, s’est autoproclamé président de la République, tandis que l’ex-président François Bozizé a été contraint à l’exil. Ces événements se sont aussi traduits par d’importants pillages et des destructions de biens publics et privés à Bangui. Le taux de croissance du PIB réel en 2012 s’est établi à un niveau inférieur aux prévisions initiales (3.1 % au lieu des 4.2 % attendus). En cause, le ralentissement de la production agricole, imputable aux mauvaises conditions climatiques, mais aussi la dégradation de la situation sécuritaire. L’inflation a été plus élevée que prévu, à cause de la baisse de la production agricole et de la hausse des prix des produits pétroliers.

En matière de finances publiques, les efforts de discipline budgétaire ont été poursuivis en 2012. Ils ont permis au pays de renouer avec ses principaux partenaires au développement. Les autorités de Bangui ont signé un programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (FMI) en juin 2012, par le biais d’une Facilité élargie de crédit (FEC). De leur côté, la Banque africaine de développement (BAfD) et la Banque mondiale ont décaissé des appuis budgétaires aux réformes, suspendus depuis 2010. Il reste néanmoins difficile d’évaluer dans quelle mesure les réformes économiques et financières soutenues par les partenaires techniques et financiers seront mises en œuvre au cours des deux prochaines années, étant donnée l’évolution de la situation politique du pays.
Sur le plan du développement social, les progrès demeurent lents dans les domaines de l’éradication de l’extrême pauvreté, la réduction de la mortalité infantile et l’accès aux services d’assainissement de base. Quelques améliorations notables se sont produites en ce qui concerne la scolarisation au primaire, la promotion de l’égalité hommes-femmes et la parité entre filles et garçons dans l’enseignement primaire, ainsi qu’en matière d’approvisionnement en eau potable.

La République centrafricaine dispose de ressources naturelles importantes, mais leur exploitation n’a pas encore abouti à un processus de transformation structurelle indispensable à une croissance forte et durable. Les progrès encourageants de ces dernières années en matière de gestion des ressources naturelles ont cependant permis à la République centrafricaine d’accéder au statut de pays conforme à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE). La fragilité politique du pays, la déficience de ses infrastructures de base et le climat des affaires qui y prévaut représentent autant d’obstacles à la transformation structurelle de l’économie.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (C)

rcagp1

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

2011

2012

2013

2014

Taux de croissance du PIB réel

3.1

3.1

3.2

4.6

Taux de croissance du PIB réel par habitant

1.2

1.1

1.3

2.6

Inflation IPC

0.7

3.5

2.4

2.9

Balance budgétaire % PIB

-2.9

-3.5

-3.4

-3.4

Balance courante % PIB

-7.2

-7

-5.4

-5.3

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Développements récents et perspectives


Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

2007 2011
Agriculture, sylviculture et pêche - -
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche 54.3 54.1
Construction 4.1 4.4
Electricité, gaz et eau 0.9 0.7
Electricité, eau et assainissement - -
Extractions - -
Finance, assurance et solidarité sociale - -
Finance, immobilier et services aux entreprises 6.5 6.9
Services des administrations publiques - -
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs 100 100
Industries manufacturières 6.6 6.6
Mines 2.8 2
Autres services 1.7 1.4
Administration publique et services personnels - -
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels 4.7 4.7
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels - -
Services sociaux - -
Transports, entreposages et communications 12.9 13.3
Transport, communications et information - -
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants 5.5 5.8
Vente en gros et de détail, immobilier - -

 

Le taux de croissance du PIB réel s’est stabilisé à 3.1 % en 2012, un niveau équivalent à celui de 2011. Cette performance est inférieure aux prévisions initiales de 4.2 %. Elle s’explique par le ralentissement des activités des secteurs primaire et secondaire. La croissance du secteur primaire s’est fortement ralentie, à 2.9 % en 2012 contre 6.7 % en 2011, tandis que celle du secteur secondaire n’a pas dépassé 4.1 %, contre 5.2 % en 2011. Le secteur tertiaire, lui, enregistre de bons résultats avec 4.8 % de croissance en 2012 contre 3.1 % en 2011. La mauvaise performance du secteur primaire résulte de la baisse de la production agricole vivrière, causée par l’arrivée tardive des pluies et l’aggravation du climat sécuritaire, survenue pendant une partie de la période des récoltes. Les cultures de rente d’exportation ont enregistré une performance mitigée, avec une hausse de la production de coton de 10.3 %, favorisée par la mise en œuvre d’un projet de la coopération chinoise, et la baisse de la production de café. Le secteur du bois (principal produit d’exportation) a enregistré une bonne performance en 2012, quoique inférieure à celle de 2011, grâce à la production de sciage.

La progression du secteur secondaire s’explique par le redressement de la production minière, en croissance de 10.7 % en 2012. Cette évolution favorable résulterait de la mise en œuvre des nouvelles dispositions de la politique minière, de la redynamisation des structures d’appui et coopératives ainsi que du renforcement des capacités des artisans miniers. Les autres sous-secteurs (bâtiments et travaux publics, industrie et électricité) ont au mieux connu un taux de croissance stable par rapport à 2011. Le secteur tertiaire a bénéficié de la forte hausse de 26.3 % des services non marchands, imputable au regain d’activité de l’administration publique et à la reprise de la coopération internationale.
La répartition sectorielle du PIB est demeurée inchangée ces dernières années, caractérisée par la prédominance du secteur primaire. Ce dernier représente plus de 50 % du PIB en 2012 (dont 28 % pour la production agricole vivrière), suivi du secteur tertiaire (environ 30 %) et du secteur secondaire pour près de 20 %.

Du point de vue de la demande globale, la croissance en 2012 a été soutenue aussi bien par la consommation privée et publique que par l’investissement public. Cette évolution s’explique surtout par la reprise des financements extérieurs des programmes de développement, et par l’intérêt accru de certains investisseurs non traditionnels pour les secteurs du bâtiment et de l’agriculture. La contribution à la croissance économique de la demande extérieure s’est améliorée, mais reste marginale.

L’objectif du budget 2012, qui consistait à ramener les dépenses primaires courantes à 10.9 % du PIB, a été atteint. Les dépenses totales incluant les prêts nets se sont établies à 19.2 % du PIB. La mobilisation des ressources intérieures est en revanche restée très faible. Le ratio recettes fiscales sur dépenses publiques s’avère largement insuffisant pour couvrir les dépenses courantes, s’établissant à 9.5 % du PIB en 2012. Il demeure très inférieur aux ratios affichés par la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. En dépit du renforcement de l’administration des recettes et des efforts réalisés afin de maîtriser les dépenses publiques, l’équilibre budgétaire s’est dégradé, passant d’un solde déficitaire de 2.9 % du PIB en 2011 à 3.5 % en 2012. L’inflation est restée modérée, à 3.5 %, bien que supérieure au taux de 0.7 % enregistré en 2011. Cette hausse s’explique par les mauvaises performances du secteur agricole, ainsi que par l’augmentation des prix des denrées alimentaires importées. La poursuite de l’amélioration de la gestion macroéconomique a permis à la République centrafricaine de conclure, en juin 2012, un programme économique triennal avec le FMI à travers la FEC. L’augmentation des transferts courants a permis un léger rétablissement du solde du compte courant, passé d’un déficit de 7.2 % du PIB en 2011 à 7 % en 2012.

L’évolution du contexte politique devrait entraîner une perturbation du calendrier agricole en 2013, avec des rendements plus faibles. Une partie des investissements directs étrangers (IDE) programmés dans le secteur minier ainsi que l’exécution de certains projets agricoles et d’infrastructures sur financements extérieurs pourraient aussi être perturbés par les incertitudes politiques. Le taux de croissance ne devrait pas dépasser 3.2 % en 2013. Il sera largement tributaire de l’évolution politique du pays et de la conjoncture internationale. L’inflation devrait quant à elle passer sous le critère de convergence régional de 3 % pour s’établir à 2.5 % en 2014. À noter : les prévisions 2013 et 2014 ont été effectuées avant les derniers événements politiques et la chute de François Bozizé.

Politiques macroéconomiques


Politique budgétaire

Les mesures de redressement des finances publiques initiées en 2011 ont été poursuivies en 2012. Elles se sont soldées par le rétablissement des procédures normales dans l’exécution de la dépense publique, la mise en œuvre de réformes visant à simplifier le système fiscal et la réorganisation des régies financières pour améliorer la mobilisation des recettes fiscales.

A la suite des dérapages budgétaires en 2011, le gouvernement a fait de l’exécution du budget l’élément central de sa politique budgétaire en 2012. A cet effet, un Comité de suivi de la gestion budgétaire (CSGB) a été mis en place, tandis que les deux cellules de suivi de la liquidité ont été renforcées : la Commission de suivi de la liquidité (CSL), d’une part, présidée par le ministre des Finances et du Budget, et la Cellule technique de suivi de la liquidité (CTSL), d’autre part. La CSL s’est régulièrement réunie pour établir, sur proposition de la CTSL, les plans mensuels et annuels de trésorerie. Le CSBG s’est réuni quant à lui toutes les deux semaines pour suivre le recouvrement des recettes, les décaissements et l’emploi de l’aide financière extérieure. Les autorités ont également poursuivi les réformes visant à améliorer la mobilisation des recettes publiques intérieures, à travers la simplification de la législation fiscale sur les petites et moyennes entreprises (PME), l’élimination du taux réduit de la TVA et le parachèvement du processus de segmentation des contribuables fiscaux. Les droits d’enregistrement ont été réduits de moitié. Enfin, le gouvernement a préparé en 2012 et adopté dans le cadre du budget 2013 la simplification de la fiscalité sur les revenus des personnes physiques. Les recettes publiques totales (avec dons) ont atteint 16.2 % du PIB en 2012 contre 14.7 % en 2011.Cette progression a été favorisée par la reprise des appuis budgétaires extérieurs, suspendus en 2010 et 2011. Le taux de pression fiscale par rapport au PIB reste inférieur à l’objectif de 12 %, s’établissant à 9.9 % du PIB en 2012 contre 9.5 % en 2011.

Les dépenses publiques ont augmenté en 2012, atteignant 16.2 % du PIB contre 15.7 % en 2011. Cet accroissement est lié à la hausse des dépenses d’investissement financées sur ressources extérieures, grâce à la reprise des appuis budgétaires des partenaires techniques et financiers. La hausse des recettes fiscales et la maîtrise des dépenses courantes ont permis la stabilisation du solde budgétaire global à 4.8 % du PIB en 2012.

Tableau 3 : Opérations financières de l’état (pourcentage du PIB)

2009

2010

2011

2012

2013

2014

Recettes totales (avec dons)

16.1

17.9

14.5

15.7

16.4

16.4

Recettes fiscales

8.7

9.4

9.4

9.5

9.5

9.4

Recettes pétrolières

-

-

-

-

-

-

Dons

5.3

6.3

3.5

4.5

5.3

5.3

Dépenses totales (et prêts nets) (a)

16.2

19.3

17.4

19.2

19.8

19.8

Dépenses courantes

11.2

12.5

11.8

10.7

10.9

10.8

Sans les intérêts

10.1

11.5

11

10

10.3

10.3

Salaires

4.5

4.4

4.5

4.6

4.5

4.5

Intérêts

1.1

1

0.8

0.7

0.5

0.4

Solde primaire

1

-0.4

-2.1

-2.8

-2.9

-3

Solde global

-0.1

-1.4

-2.9

-3.5

-3.4

-3.4

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Politique monétaire

La politique monétaire est déterminée par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Cette dernière a pour mission d’émettre la monnaie et d’en garantir la stabilité, de définir et de conduire la politique monétaire applicable dans les pays membres de l’union, de conduire les opérations de change, de détenir et gérer les réserves de change des pays membres et de promouvoir le bon fonctionnement du système des paiements dans l’union. La politique monétaire mise en œuvre par la BEAC donne la priorité à la maîtrise de l’inflation et au maintien de la parité fixe entre le franc CFA et l’euro. Pour ce faire, elle s’appuie sur les instruments indirects, tels que le refinancement et les exigences de réserves obligatoires, pour contrôler l’expansion de l’offre de monnaie.

La gestion monétaire prudente menée au niveau de la BEAC a permis de contenir les pressions inflationnistes observées depuis la fin de l’année 2011. En 2012, le taux d’inflation de l’indice des prix à la consommation s’est établi à un niveau légèrement supérieur au critère de convergence fixé à 3 % pour les pays membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Les pressions inflationnistes connues par le pays résultent du léger rebond des prix observés sur le dernier semestre de 2011, sous l’effet de la hausse des prix des denrées alimentaires importées. Elles pourraient également être la conséquence de l’effet différé de l’abaissement du taux directeur de la BEAC à 4 % en 2010. Cette baisse a entraîné une augmentation du volume de crédit à l’économie, surtout des prêts à court terme.

Les avoirs extérieurs de la République centrafricaine ont poursuivi la tendance baissière entamée au début de l’année 2011, limitant ainsi la progression de la masse monétaire globale en 2011.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

La situation de la balance commerciale s’est détériorée en 2012, en raison de l’effondrement des cours du coton, alors que les prix des importations pétrolières et des produits alimentaires ont continué à augmenter. Le déficit de la balance commerciale s’est creusé pour atteindre 5.1 % du PIB en 2012 contre 4.1 % en 2011. L’augmentation du volume des transferts courants a en revanche permis de rétablir légèrement le déficit du compte courant qui s’est établi à 7 % en 2012 contre 7.2 % en 2011.

Le gouvernement centrafricain a poursuivi en 2012 la mise en œuvre de sa politique d’intégration régionale, avec l’application du Code douanier de la Cemac. Le tarif extérieur commun de la Cemac représente la moyenne simple du tarif de la nation la plus favorisée (NPF) appliqué ces dernières années (18.2 %), avec une protection tarifaire bien plus élevée pour les produits agricoles (22.7 %). Cependant, en raison des difficultés de trésorerie de l’État, la République centrafricaine a obtenu une dérogation à l’application du tarif préférentiel généralisé (TPG) de la Cemac. Elle n’accorde donc de préférences tarifaires à aucun pays. En adoptant fin 2012 des programmes mieux intégrés avec la stratégie d’intégration régionale, la République centrafricaine est engagée à promouvoir la facilitation du commerce régional. Le processus de concertation avec le Cameroun et le Tchad a été relancé en 2012 au niveau des institutions concernées par le trafic sur les corridors Bangui-Douala et Ndjamena-Douala. La finalisation des travaux de bitumage en 2012 de la route Bouar-Garoua-Boulaï, auxquels la BAfD a pris part, contribue à l’amélioration du transit sur le corridor Bangui- Douala.

En dépit de son engagement politique et de sa position géostratégique en Afrique centrale, le pays ne tire pas assez profit de l’intégration régionale. Les exportations vers la région n’ont progressé que de 5.2 % sur la période 2003-10, contre une hausse moyenne de 13.5 % pour les autres pays membres de la Cemac. La déficience des infrastructures de transport et les faiblesses du climat des affaires expliquent pour une large part cette faible performance. L’appartenance du pays à l’union monétaire de la Cemac lui a toutefois permis de limiter les effets négatifs des chocs externes, contribuant ainsi à la stabilité macroéconomique.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

2004

2009

2010

2011

2012

2013

2014

Balance commerciale

-1.4

-7.2

-8.1

-4.1

-5.1

-4.6

-4.7

Exportations de biens (f.o.b.)

10.5

6.5

7.3

9.2

8.6

8.6

8.6

Importations de biens (f.o.b.)

11.9

13.7

15.4

13.2

13.7

13.2

13.3

Services

-5.1

-4.6

-5.7

-5.6

-5.3

-4.8

-4.4

Revenu des facteurs

-1.1

-0.3

-0.2

-0.1

-0.1

-0.1

0

Transferts courants

5.8

3.9

4

2.6

3.5

4.2

3.9

Solde des comptes courants

-1.8

-8.1

-9.9

-7.2

-7

-5.4

-5.3

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Politique de la dette

L’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) en 2009 a permis à la République centrafricaine de bénéficier d’une réduction significative de sa dette publique. Celle-ci est ainsi passée de 80.3 % à 35 % du PIB entre 2008 et 2009. Les dérapages budgétaires de 2010 et 2011 se sont soldés par de nouveaux emprunts pour financer des projets d’infrastructures. La dette publique s’est donc élevée à 42 % du PIB en 2011, contre l’objectif de 27 % projeté pour 2010 dans le cadre de l’analyse de viabilité de la dette (AVD) conduite par le FMI et la Banque mondiale. Malgré cette détérioration, la République centrafricaine est classée comme présentant de « plus faibles vulnérabilités d’endettement et une moindre capacité » au regard du dispositif de limites d’endettement du FMI. Le pays devrait donc continuer à s’appuyer sur des emprunts concessionnels.

Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013
rcagp2

Gouvernance économique et politique


Secteur privé

Les conditions d’émergence du secteur privé restent difficiles. Le caractère peu incitatif de l’environnement des affaires fait obstacle à son développement. En témoigne le 185e et dernier rang occupé par la République centrafricaine au classement Doing Business 2013 de la Banque mondiale. Le démarrage et la fermeture des activités économiques relèvent de procédures compliquées. La création d’entreprise demande en moyenne huit procédures et 22 jours de délais. Les coûts afférents à la création d’entreprise se sont cependant réduits, passant de 244.9 % à 228.4 % du revenu par habitant entre 2010 et 2011, contre une moyenne de 95.4 % en Afrique subsaharienne.

Le gouvernement cherche à lever ces contraintes, mais les mesures prises peinent à produire des effets. Un guichet unique a été créé en 2008, chargé de l’allégement des coûts de la création d’entreprise et de la simplification des procédures. Un comité mixte chargé de l’amélioration de l’environnement des affaires a également été mis en place. Malgré tout, les IDE restent limités. Les opérateurs économiques sont confrontés à l’enclavement du pays, mais aussi à l’insuffisance et la mauvaise qualité des infrastructures, à l’instabilité judiciaire et à la faiblesse du dialogue entre l’État et le secteur privé.

Secteur financier

L’intermédiation financière et le développement du secteur financier restent superficiels. Les institutions financières sont peu nombreuses et concentrées à Bangui, la capitale. Le total des actifs du secteur financier rapporté au PIB demeure inférieur à la moyenne régionale. Quatre banques commerciales concentrent plus de 90 % des avoirs consolidés du système financier. Le pays compte par ailleurs deux compagnies d’assurance (4 % des actifs) et onze établissements de microfinance (3 % des actifs).

Les mesures de bancarisation pour le paiement des salaires et impôts entreprises en 2012 ont favorisé l’accès des populations aux services bancaires et financiers, même si les frais restent onéreux. La mise en place des guichets automatiques de banque est limitée en nombre et se concentre à Bangui.
En dépit d’un accroissement du volume global de crédits à l’économie en 2012, en raison surtout des concours au secteur privé, l’accès des PME aux financements demeure faible. Quant à l’évolution des indicateurs de solidité financière du secteur bancaire, elle s’avère contrastée en 2012. Deux banques ont disposé des fonds propres nets suffisants pour honorer l’ensemble des normes prudentielles.

Des progrès ont été faits en matière de microfinance, grâce au Programme d’appui à l’émergence d’un secteur financier inclusif du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur la période 2008-12. Cette assistance a concerné cinq établissements de microfinance sur huit. Elle a permis de porter le nombre d’agences à 23 en 2012, dont neuf situées en milieu rural. Selon les statistiques fournies par le PNUD pour 2012, 62 000 personnes ont bénéficié de l’appui de ce programme dont 23 000 femmes. En 2012, l’épargne totale des établissements de microfinance s’est établie à 13 millions USD tandis qu’un volume de crédits de 4.5 millions USD a été accordé. Le portefeuille à risque des établissements de microcrédit est estimé entre 18 % et 20 % en 2012.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

Les faibles capacités institutionnelles et les carences structurelles entravent le développement économique et social du pays. La gestion du secteur public s’est améliorée en 2012, permettant au pays de renouer avec les partenaires techniques et financiers en matière d’appuis budgétaires et de conclure en juin 2012 un programme économique avec le FMI. Cependant, en dépit des progrès réalisés, le pays continue d’être confronté à des défis importants, comme en attestent les résultats de la première revue du programme avec le FMI, effectuée en novembre 2012.

La mission du FMI a relevé que les efforts déployés pour le renforcement de la gestion des finances publiques ont été significatifs notamment pour le suivi des opérations du Trésor et que plusieurs objectifs en matière de mobilisation des recettes publiques ont été atteints. Des faiblesses persistent néanmoins dans la maîtrise de la chaîne de la dépense, en raison du recours aux procédures exceptionnelles de paiement. Les priorités budgétaires ne sont pas respectées, notamment sur les dépenses de réduction de la pauvreté et le dépassement du plafond de réduction des arriérés intérieurs de paiement.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Le pays a accédé en mars 2011 au statut de pays conforme à l’ITIE, deux ans seulement après avoir été admis comme pays candidat. En matière d’eau et d’assainissement, environ 70 % des habitants utilisent des puits ou des trous d’eau, un pourcentage supérieur à la moyenne des États fragiles comparables. L’état des puits et des trous d’eau du pays ne permet que rarement un approvisionnement en eau potable. Un quart environ des trous d’eau se trouve hors service, et le reste dessert en moyenne 1 500 à 2 000 personnes par unité. Ce nombre est largement supérieur à la norme de 300 personnes par trou d’eau que les autorités centrafricaines se sont fixées. L’accès à l’eau potable fait l’objet de nombreuses disparités entre les populations rurales et urbaines. Dans les zones urbaines, 52 % de la population accède à des fontaines. Une proportion dix fois supérieure à l’accès aux fontaines dans les zones rurales, où 95 % de l’eau provient de trous d’eau et des pompes à main. Si l’on
considère que 10 % seulement de l’eau venant des puits et des trous d’eau est sûre, alors 14 % seulement de la population rurale a accès à l’eau potable contre 61 % dans les zones urbaines. En outre, 43 % des ménages ruraux doivent parcourir des distances de 30 minutes à une heure de marche pour aller chercher de l’eau, contre 25 % des ménages citadins.

Contexte politique

Les attaques de la rébellion Seleka (mot signifiant « coalition » pour désigner un rassemblement de groupes armés), déclenchées en décembre 2012, ont gravement fragilisé le climat politique et sécuritaire. Elles ont conduit le 22 mars 2013 à la chute du régime de François Bozizé, qui a quitté le pays et s’est réfugié au Cameroun. Ces bouleversements sont intervenus malgré les Accords de sortie de crise signés le 11 janvier 2013 à Libreville (Gabon) entre l’ex-président Bozizé et la Seleka, ainsi que la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Face à la progression rapide des groupes rebelles, la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEA) a pris l’initiative d’organiser, du 9 au 11 janvier à Libreville, une conférence regroupant l’ensemble des parties prenantes. L’accord ainsi conclu prévoyait la cessation des hostilités et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dirigé par un Premier ministre issu de l’opposition. Le chef de la coalition Seleka, Michel Djotodia, s’est autoproclamé président de la République le 22 mars, et a annoncé la suspension de la constitution du 27 novembre 2004, la dissolution de l’Assemblée nationale et du gouvernement d’union nationale. Il a aussi indiqué vouloir organiser « des élections libres et transparentes avec le concours de tout le monde » d’ici 2016. Michel Djotodia a par ailleurs maintenu à son poste le Premier ministre du gouvernement d’union nationale, Nicolas Tiangaye, un opposant de François Bozizé. L’offensive des rebelles s’est traduite par une aggravation de l’insécurité et par d’importants pillages et destructions de biens publics et privés, en particulier dans la capitale. Des dommages encore difficiles à évaluer. Après une décennie de conflits armés, les changements politiques intervenus en 2003, suite au coup d’État qui a porté au pouvoir le général François Bozizé, avaient conduit à l’adoption de plusieurs accords visant à promouvoir la paix, la sécurité, et l’émergence d’un État de droit. Une nouvelle Constitution avait été adoptée par référendum en 2004, des élections présidentielle et législatives organisées en 2005. Plusieurs accords de paix ont été signés entre les nouvelles autorités et les anciens groupes armés, prévoyant un programme de désarmement, de démobilisation et réintégration des anciens combattants. Le pays avait recouvré progressivement une stabilité politique et renoué avec ses principaux partenaires au développement. Le climat politique s’est tendu après les élections présidentielle et législatives de 2011, dont les résultats avaient été contestés. L’opposition a refusé de participer au gouvernement d’union nationale espéré au lendemain des élections. Le dialogue ainsi que le processus de consolidation de la paix et de la sécurité initiés depuis plusieurs années se sont dégradés.

Contexte social et développement humain


Développement des ressources humaines

Le pays reste confronté aux conséquences des multiples crises politiques qui l’ont ébranlé pendant plus d’une décennie. L’Indice de développement humain (IDH) a connu une très faible amélioration au cours des dernières années et s’est établi à 0.345 en 2013 (contre une moyenne en Afrique subsaharienne de 0.475), plaçant le pays en 180e position sur une liste de 187 pays.

L’analyse globale de la vulnérabilité et de la sécurité alimentaire réalisée en 2009 par le Programme alimentaire mondial (PAM), le PNUD et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) montre qu’en 2011, environ 30 % des ménages centrafricains vivent dans l’insécurité alimentaire. La malnutrition reste endémique dans l’ensemble du pays et demeure aiguë dans les villes minières du sud-ouest (Carnot, Nola et Berbérati), où le taux de malnutrition des enfants de moins de cinq ans atteint 16 %. La part des enfants de moins de cinq ans souffrant d’insuffisance pondérale va en augmentant et s’élève à 28.3 %. Pas moins de 68.2 % des enfants âgés de moins de 36 mois souffrent de déficience en vitamine A et 84 % sont anémiés. De surcroît, les conflits armés et l’insécurité, avec 250 000 personnes déplacées dans les régions du nord-ouest, ont amplifié l’insécurité alimentaire. La malnutrition demeure la principale cause de plus de la moitié des décès des enfants de moins de cinq ans. Le paludisme affecte 22 % de la population et 32 % des enfants de moins de cinq ans. En raison de la faible probabilité d’atteindre tous les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à l’horizon 2015, la République centrafricaine, comme certains pays d’Afrique subsaharienne, s’est engagée à appliquer le Cadre d’accélération des OMD (CAO). Cette nouvelle stratégie consiste pour les pays à choisir une cible, pour y concentrer ses moyens. Le pays vise à réduire de moitié la proportion des personnes qui souffrent de faim d’ici 2015.

L’une des priorités du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP 2) pour la période 2011-15 porte sur l’éducation. La part des dépenses publiques allouée à ce secteur est passée de moins de 10 % en 2007 à près de 40 % en 2011. L’évaluation à mi-parcours de la réalisation des OMD à fin 2010 montre que la scolarisation au primaire s’est nettement améliorée. Le taux de scolarisation des enfants au préscolaire est passé de 5 % en 2005 à plus de 8 % en 2011, avec une parité garçons/filles de 10 contre 9. Le taux brut de scolarisation est également passé de 74 % en 2007 à 91 % entre 2010 et 2011.

La Stratégie nationale du secteur de l’éducation (SNSE) a été développée et mise en œuvre depuis 2009, en vue de construire et valoriser les ressources humaines du pays. Le gouvernement s’est engagé à lui allouer progressivement des parts significatives du budget de fonctionnement pour en atteindre 23 % d’ici 2020.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

Le pays a adopté la plupart des lois nécessaires pour se conformer aux conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail (OIT). Cependant, ces lois ne sont pas mises en œuvre. Des syndicats existent pour la défense des intérêts des travailleurs, mais ils comptent peu d’adhérents. La République centrafricaine a par ailleurs adopté des textes contre le travail des enfants et en faveur de l’emploi des personnes handicapées, mais ils sont peu appliqués.

Le marché du travail est marqué par une forte prédominance de l’emploi privé sur l’emploi public et parapublic. La politique du gouvernement dans le domaine de l’emploi est conduite par l’Agence centrafricaine pour la formation professionnelle et l’emploi (ACFPE). Après l’introduction de nouvelles lois visant à améliorer le cadre institutionnel de la fonction publique (notamment de la loi portant organisation du Cadre institutionnel et juridique applicable aux entreprises et offices publics en novembre 2008), le gouvernement avait adopté la loi portant statut général de la fonction publique en août 2009.

Dans le secteur privé, la législation du travail n’est pas pleinement appliquée par les entreprises, du fait de l’importance de l’activité informelle et de la faible capacité d’embauche des entreprises, suite aux destructions de biens en capital et matériels lors des conflits. Le code du travail a été édité en 2012, et sa progression est en cours de vulgarisation. Il subsiste une réglementation du marché du travail qui décourage la création d’emplois dans le secteur formel et n’assure pas la protection d’une grande partie de la main-d’œuvre. Des ressources très limitées sont consacrées aux programmes ciblant le marché du travail et très peu de travailleurs en bénéficient.

Une faible proportion de la population dispose d’une couverture sociale, limitée aux salariés du secteur public et à quelques employés du secteur privé. Les risques sociaux couverts par ce programme de protection sociale sont limités. Les pensions, prestations sociales et prestations liées aux accidents du travail et aux maladies professionnelles ne sont pas toujours versées à cause des difficultés financières de l’Office centrafricain de sécurité sociale (OCSS). Par ailleurs, les assurances privées et complémentaires sont presque inexistantes. Des initiatives visant à mettre en place des micro-assurances en faveur des populations à faibles revenus et des travailleurs du secteur informel étaient en cours en 2012.

Égalité hommes-femmes

En matière de genre, les disparités demeurent élevées. Le pays est classé 142e sur 148 pays en 2013 par l’Indice d’inégalités de genre du PNUD. Comme le montre le rapport 2010 de la BAfD sur le profil genre de la
République centrafricaine, les femmes sont encore faiblement impliquées dans la gestion et le contrôle des ressources économiques. La part de sièges qu’elles occupent ne dépasse pas 11 % au Parlement et 12.5 % au gouvernement.
L’accès aux soins prénatals ou lors de l’accouchement et aux services de planification reste très limité. Seulement 44 % des accouchements sont assistés par des personnels de santé qualifiés et le taux de mortalité maternelle est estimé à 1 100 pour 100 000 naissances. Pourtant, le pays a ratifié en mars 1992 la Convention internationale de 1979 sur l’élimination de toutes formes de discrimination contre les femmes, et adopté des provisions concernant l’équité de genre dans sa Constitution.

Toutefois, comme le montre la revue à mi-parcours des OMD conduite en 2010, des progrès encourageants ont été enregistrés pour la promotion de l’égalité hommes/femmes. Ainsi, la scolarisation des filles est passée de 60 % en 2003 à 72 % en 2010. Le DSRP 2 a réaffirmé la priorité accordée aux questions de genre dans les programmes nationaux de développement en se fondant sur la Politique nationale de promotion de l’égalité, de l’équité, et de l’autonomie des femmes (PNPEE, 2005). Cependant, en dépit de ces initiatives et de la création d’un ministère en charge des questions de genre, les ressources disponibles restent insuffisantes.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

Le pays dispose de ressources naturelles importantes, encore inexploitées. Sur 15 millions d’hectares de terres utiles à l’agriculture, seulement 700 000 hectares sont cultivés. La forêt tropicale dense couvre 34 millions d’hectares, offrant là aussi un potentiel forestier important. Les ressources minières ne sont pas moins significatives, en diamant, or, uranium, fer, calcaire et cuivre. Ces dotations en ressources naturelles n’ont cependant pas permis au pays de connaître un développement économique qui implique une transformation structurelle. Au contraire, le secteur agricole est resté pour l’essentiel orienté vers les activités vivrières de subsistance et la production de cultures de rente non transformées pour l’exportation. L’exploitation des ressources minières se limite au diamant et à l’or et a toujours été faite de manière artisanale. Seul le secteur du bois a connu un début d’activités de transformation, bien que limitées.

Outre les erreurs politiques et stratégiques conjuguées à la mauvaise gouvernance, les contraintes naturelles liées à l’enclavement et à l’étendue du territoire national ont joué. De même, la médiocrité des infrastructures, l’étroitesse du marché intérieur et la faiblesse du secteur des entreprises privées sont autant de facteurs qui expliquent la faible diversification de l’économie. La valeur ajoutée manufacturière par habitant (VAM) a été affectée par les troubles politiques. Elle est ainsi passée de 21 à 16 USD entre 1990 et 2010, contribuant au classement de la République centrafricaine dans la catégorie des pays en phase initiale d’industrialisation. Des progrès ont été faits dans le cadre institutionnel. Les codes miniers et forestiers ont été révisés, afin de les rendre conformes aux normes internationales et de favoriser le processus de transformation des ressources naturelles concernées. Les efforts déployés ces dernières années ont permis au pays d’accéder en mars 2011 au statut de pays conforme à l’ITIE, deux ans seulement après avoir été admis comme pays candidat. La République centrafricaine a signé en 2010 l’Accord de partenariat volontaire avec l’Union européenne sur l’Application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux des bois et produits dérivés (FLEGT). Elle a aussi adhéré au programme de l’Organisation des Nations Unies en vue de réduire les émissions liées au déboisement et à la dégradation des forêts dans les pays en développement (ONU- REDD), pour la gestion du bassin forestier du Congo en 2010. Le Parlement centrafricain a adopté en mai 2012 la loi portant sur la création et l’organisation de l’Agence autonome de gestion des ressources forestières (AAGRF).