Zambie

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Le PIB réel a connu en 2012 une croissance de 7.3 % contre 6.8 % en 2011 alors que l’inflation est tombée de 8.7 % en 2011 à 6.5 % en 2012. Les projections pour 2013 et 2014 confirment ces tendances avec le maintien d’une croissance élevée et d’une inflation réduite.

Bien que l’économie et la situation politique de la Zambie s’améliorent, des handicaps demeurent. Le pays a gagné deux places en 2012 dans l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique mais en a perdu dix dans le dernier classement Doing Business de la Banque mondiale, où il se trouve au 94eme rang sur 185 pays.

Malgré de meilleurs résultats économiques, la Zambie doit encore réaliser des progres importants en matière de développement social et humain. Pas moins de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Vue d’ensemble


La Zambie a poursuivi son élan de croissance en 2012, stimulé par l’agriculture, les bâtiments et travaux publics (BTP), l’industrie, les transports et les services financiers. Les perspectives sont bonnes, à condition que la croissance reste soutenue et durable pour favoriser la création d’emplois et la réduction de la pauvreté. Après une phase de déclin, la production de cuivre devrait rebondir en 2013, pour atteindrestyle=”color:#007761;” 1.5 million de tonnes en 2015, grâce à des investissements dans de nouvelles mines et la capacité accrue des unités existantes. Les prix élevés du cuivre sur le marché mondial représentent une incitation supplémentaire à produire. Dans les autres secteurs, la croissance devrait également rester forte, tirée par le développement des infrastructures et l’amélioration du climat des affaires. Dans l’agriculture, les subventions à la production accordées par l’État aux petits exploitants sont maintenues. L’activité dans le BTP et les transports va bénéficier du projet public d’infrastructures routières appelé Link 8 000. Une extension des équipements énergétiques, un coup de fouet dans le secteur des services grâce à l’augmentation des revenus des citadins et des progrès dans la réglementation environnementale viendront compléter le renforcement à moyen terme de la croissance zambienne.

Cette croissance, cependant, ne se traduit pas par des créations d’emplois, la réduction de la pauvreté et des progrès dans la lutte contre le VIH/Sida. Les ressources naturelles n’ont pas été exploitées pour favoriser des changements structurels et la création d’emplois durables. Le pays est dépendant du cuivre, qui compte pour environ 80 % des revenus de son commerce extérieur mais seulement 6 % du total de ses recettes. Du coup, les perspectives à long terme dépendent d’une gestion et d’une utilisation prudente de cette rente, ainsi que de l’exploitation d’autres minerais et ressources naturelles. Enfin, des activités manufacturières tirées par le secteur privé et liées aux ressources naturelles, directement ou non, s’avèrent cruciales pour la prospérité du pays à long terme.

12012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

2011
2012
2013
2014
Taux de croissance du PIB réel
6.8
7.3
7.5
7.8
Taux de croissance du PIB réel par habitant
3.9
4.3
4.4
4.7
Inflation IPC
8.7
6.5
6.2
6.5
Balance budgétaire % PIB
-4.4
-4.2
-4.8
-5
Balance courante % PIB
0.3
-3.3
-3.3
-3.8

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Développements récents et perspectives


Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

2007 2012
Agriculture, sylviculture et pêche - -
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche 21.3 19.1
Construction 15.6 27.5
Electricité, gaz et eau 3.1 2.9
Electricité, eau et assainissement - -
Extractions - -
Finance, assurance et solidarité sociale - -
Finance, immobilier et services aux entreprises 14.7 13.7
Services des administrations publiques - -
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs 100 100
Industries manufacturières 10.4 8.6
Mines 4.7 2.2
Autres services 2.3 3.8
Administration publique et services personnels - -
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels 2.9 2.3
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels - -
Services sociaux - -
Transports, entreposages et communications 4.6 3.7
Transport, communications et information - -
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants 20.4 16.2
Vente en gros et de détail, immobilier - -

 

La Zambie a connu au cours des dix dernières années une forte croissance, autour de 6 % en moyenne, favorisée par une meilleure gestion macroéconomique, la libéralisation et la privatisation de l’économie et un essor de ses ressources, en particulier le minerai de cuivre.

Ces bons résultats devraient se poursuivre en 2013 et 2014 grâce à l’accroissement de la production minière, l’activité en hausse du BTP et une croissance forte et soutenue de l’agriculture et des services. Après une année 2012 hésitante par suite de grèves et des incertitudes politiques consécutives aux élections de 2011, la croissance dans le secteur minier devrait rebondir. Ainsi, le cuivre bénéficiera d’une accélération de la production qui atteindrait 1.5 million de tonnes en 2015. Les perspectives dans les industries minières dépendent du regain de confiance chez les investisseurs, qui se traduirait par une reprise des flux financiers dans les nouvelles mines et une augmentation de la capacité des unités existantes. Des prix soutenus du cuivre stimuleront le secteur minier, qui joue un rôle clé dans l’économie du pays, lui procurant environ 80 % de ses recettes en devises. Néanmoins, les retombées de l’essor des ressources minières sur les revenus de la Zambie a été faible du fait du régime fiscal déséquilibré appliqué aux minerais qui favorisait, jusqu’en 2008, les investissements étrangers.

L’agriculture, qui a bien résisté au cours des dernières années, devrait tirer profit des projets gouvernementaux visant a améliorer l’affectation des ressources et des investissements prévus pour les infrastructures agricoles et la diversification des cultures. En raison de retards dans la distribution de quelques intrants et d’une baisse des prix, la production agricole, en particulier celle du coton, a chuté en 2012. Le secteur agricole a une faible productivité à cause d’une série de contraintes et handicaps. Les coûts de production sont élevés, aggravés par l’accès limité au crédit à long terme, l’une des principales difficultés pour les petites entreprises. L’agriculture pâtit également d’un manque de personnel qualifié, en particulier dans les services vétérinaires et d’assistance technique.

Les pouvoirs publics ont pris des mesures pour surmonter les obstacles à une agriculture productive. Des réformes sont en cours pour accroître la diversification des productions végétales et animales. À cet effet, le programme de soutien aux intrants agricoles (Farmer Input Support Programme – FISPJ a été étendu pour couvrir d’autres cultures comme le soja, le coton, le tournesol et le riz. Pour atténuer les retards dans la distribution des intrants, les autorités envisagent de créer en 2013 un système de bordereaux électroniques. Elles en attendent un renforcement du rôle du secteur privé dans l’approvisionnement en intrants agricoles. La reconstitution du cheptel, la rationalisation des politiques, l’augmentation des services d’assistance technique, l’irrigation et la recherche sont les autres dispositions prévues pour accroître la productivité de l’agriculture. En juin 2012, le gouvernement a annoncé la création de zones de pôles industriels à l’échelle nationale, avec les infrastructures appropriées pour les petites et moyennes entreprises (PME). L’objectif est de valoriser les produits agricoles et de les rendre compétitifs sur les marchés exportateurs. Pour faciliter l’accès au crédit, la Banque de développement de Zambie (Development Bank of Zambia – DBZ), un établissement public offrant un financement à long terme, a été recapitalisée. L’amélioration du recouvrement des créances par la Commission pour l’essor économique des citoyens (Citizens Economic Empowerment Commission – CEEQ) est également prévue, afin de procurer des ressources aux nouveaux demandeurs. Sont en particulier visés les très petits, petits et moyens entrepreneurs dont l’accès au crédit est extrêmement limité. Le secteur bancaire doit également continuer de jouer un rôle d’intermédiation avec des produits destinés aux PME liées à l’agriculture. L’accent continue d’être mis par les autorités sur le développement du tourisme, considéré comme un nouveau moteur de croissance. Des prestations non compétitives, comme les prix très élevés des chambres et des produits de consommation, ainsi que l’accessibilité difficile des sites touristiques figurent parmi les obstacles à surmonter. Aussi l’ouverture de nouveaux centres touristiques attractifs, en dehors du haut lieu qu’est Livingstone, reste une priorité sur l’agenda gouvernemental. De grands axes routiers et des infrastructures conduisant à des sites touristiques dignes d’intérêt, mais pas encore exploités, ont été modernisés. En 2013, la Zambie et le Zimbabwe accueilleront conjointement la Conférence des Nations Unies sur le tourisme. Le gouvernement profitera de cet événement pour présenter la Zambie comme une destination touristique de premier ordre. La conférence sera également l’occasion de mettre en lumière le potentiel d’investissement du pays dans cette industrie.

Compte tenu des investissements supplémentaires dans les infrastructures publiques, dont le lancement du projet Link 8000 pour le réseau routier et les projets dans le domaine de l’énergie, la croissance du secteur du BTP devrait se poursuivre. La croissance des services, quant à elle, sera tirée par des améliorations dans les télécommunications, les services financiers, le commerce de détail et le secteur public. Les inquiétudes des investisseurs à propos du sort de Zamtel sont désormais apaisées. Principale société de télécommunications du pays, elle avait été privatisée et vendue à la compagnie libyenne LAP Green Networks avant d’être récupérée par l’État à la suite d’une enquête diligentée par le gouvernement. Cette enquête avait révélé des irrégularités dans la vente. L’industrie des télécommunications a amorcé sa croissance. Mais la faiblesse des connexions, en particulier pour Internet, et le prix élevé des téléphones portables représentent pour le secteur des communications et des télécommunications les problèmes les plus épineux.

Un certain nombre de risques pèsent sur les perspectives de l’économie zambienne. Sa dépendance au secteur minier l’expose à des menaces extérieures telles que des chocs sur la demande et les prix. L’économie mondiale restant marquée par des incertitudes la demande de cuivre pourrait demeurer atone, même si la Chine donne des signes de reprise. Cette situation pourrait avoir des effets négatifs sur son prix et retarder, en conséquence, la reprise de l’industrie extractive et nuire à la croissance de l’économie. Le secteur agricole a pâti de la récente infestation des terres cultivables par des vers dans plusieurs régions du pays. L’agriculture zambienne étant principalement pluviale, des conditions climatiques défavorables, à savoir des pluies faibles ou des inondations, pourraient contrarier les perspectives de croissance du secteur.

Les inquiétudes des investisseurs se sont atténuées depuis les élections de 2011. Mais toutes les incertitudes n’étant pas levées, ils pourraient différer leurs projets par crainte d’éventuels revirements politiques. Dans le pire des scénarios, ils les annuleraient purement et simplement. Le tableau 2 donne une photographie de la croissance du PIB par secteur.

Politiques macroéconomiques


Politique budgétaire

La politique budgétaire vise à renforcer la collecte des impôts en élargissant leur assiette. Cependant, en pourcentage du PIB, le total des recettes et dons en 2012 est resté à peu près inchangé. Par rapport à 2011, le déficit budgétaire global a légèrement diminué. Ce déficit reflète la réorientation des dépenses publiques dans le sens d’une hausse des dépenses d’infrastructures. Les dépenses en capital ont plus augmenté en 2012 qu’en 2011. Plus de la moitié d’entre elles ont été financées par des emprunts à l’étranger et des dons, le financement national net étant réduit au minimum. Des rentrées fiscales plus élevées sont attendues en 2013, grâce à l’efficacité accrue de l’administration des impôts, en particulier pour la perception de la TVA et des taxes minières. De nouvelles mesures de politique fiscale visent par ailleurs à élargir l’assiette : réduction des crédits d’impôts et des exemptions, introduction de nouvelles taxes.De plus fortes dépenses d’infrastructures conduiront à poursuivre en 2013 une politique budgétaire expansionniste. La politique à moyen terme est contenue dans le Medium Term Expenditure Framework (MTEF) pour 2013-15, qui vise à la mutation économique du pays, en mettant l’accent sur la croissance et la création d’emplois. Les dépenses, qui vont augmenter, seront ciblées sur les secteurs dynamiques bénéficiant d’un potentiel élevé pour créer de l’emploi. Cette stratégie spécifique (National Strategy for Industrialisation and Job Creation) donne la priorité à des politiques d’intervention et d’investissement dans l’agriculture, le tourisme, l’industrie, ainsi qu’au développement des infrastructures dans l’énergie et les transports.

La principale difficulté tient aux faibles recettes tirées des ressources internes. Deux documents, Vision 2030 et le sixième Plan national de développement (PND) guident l’action gouvernementale en matière de réforme fiscale et de mobilisation accrue de la ressource interne. Les pistes explorées concernent l’élargissement de l’assiette fiscale et un renforcement de l’Administration. L’objectif : percevoir les revenus provenant des taxes ainsi que des revenus non fiscaux (aides et prêts d’agences internationales ou d’autres gouvernements, royalties, concessions, commissions) et les affecter à une utilisation productive. Compte tenu des besoins pour le financement des infrastructures, des bons souverains d’un montant de 750 millions USD ont été émis avec succès en septembre 2012. Cette première émission offre une nouvelle occasion à la Zambie de mobiliser des fonds des marchés internationaux en termes commerciaux. Reste maintenant à s’assurer que les ressources mobilisées par les

La dette extérieure du secteur public de la Zambie et le risque de surendettement sont restés relativement bas en 2012. La dette extérieure publique et publiquement garantie était estimée à 2.4 milliards USD. Bien que la dette extérieure doive augmenter avec l’acquisition de 750 millions USD d’euro-obligations, sa soutenabilité ne devrait pas être menacée

La mise en vente très attendue de ces 750 millions USD d’eurobonds – la plus importante dans l’Afrique subsaharienne – est intervenue en septembre 2012. Émis avec un rendement de 5.6 %, le dollar bond, lancé il y a dix ans, a reçu plus de 11 milliards USD d’ordres d’achat, illustration de la confiance des investisseurs dans l’économie zambienne. Cette confiance est confirmée par les agences de notation qui ont maintenu la note de crédit de la Zambie à B + malgré les perspectives négatives associées aux incertitudes politiques latentes. Depuis que le pays a bénéficié de l’allègement de sa dette dans le cadre de l’Initiative pour les pays pauvres les plus endettés (pPtE) et de l’Initiative multilatérale pour l’allègement de la dette (Imad), le gouvernement a conduit une politique prudente de la dette. Il a limité l’emprunt pour les prêts à conditions favorables de la part de créanciers multilatéraux et des sources commerciales bon marché. Par conséquent, la dette du secteur public externe ne s’est accrue que faiblement. Entre 2008 et 2012 elle a atteint en moyenne 10.8 % du PIB. La dette en eurobonds devrait la faire passer à 14 % du PIB en 2013, mais une récente analyse menée conjointement par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale sur la soutenabilité de la dette montre que le risque de surendettement est faible. De plus, il existe davantage de marge pour un emprunt extérieur supplémentaire, même aux conditions du marché. Reste que la Zambie a besoin de renforcer son aptitude à gérer la dette pour éviter tout dérapage.

Selon un rapport publié conjointement par quatre agences gouvernementales (Banque de Zambie, Agence de développement de la Zambie, Programme de développement du secteur privé et Office central de statistiques) les placements du secteur privé externe s’établissaient à 4.9 milliards USD au second trimestre 2012 contre 5.2 milliards USD fin 2011. Ces placements consistaient en prêts à court et long termes, en crédits commerciaux et en titres de créances. Le secteur des mines et de l’extraction compte pour plus de la moitié du total de la dette du secteur privé, suivi par le secteur industriel, pour environ un cinquième, et le secteur de l’information et des télécommunications, pour à peu près 10 %.

(euro-obligations) soient bien dépensées pour des projets correctement évalués et offrant un retour positif.

Tableau 3 : Opérations financières de l’état (pourcentage du PIB)

2009
2010
2011
2012
2013
2014
Recettes totales (avec dons)
18.9
19.6
21.7
21.6
20.4
20
Recettes fiscales
15
16.4
19.3
18.5
17.6
16.9
Recettes pétrolières
-
-
-
-
-
-
Dons
2.9
1.8
0.8
1.5
1.3
1.6
Dépenses totales (et prêts nets) (a)
21.4
22.6
26.1
25.8
25.1
25
Dépenses courantes
17.9
19.4
19.7
20.6
20.5
20.3
Sans les intérêts
16.3
17.6
18.5
18.8
18.8
18.8
Salaires
8.2
8.1
7.9
7.8
7.7
7.5
Intérêts
1.6
1.8
1.2
1.8
1.7
1.5
Solde primaire
-1
-1.3
-3.3
-2.5
-3.1
-3.5
Solde global
-2.6
-3.1
-4.4
-4.2
-4.8
-5

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Politique monétaire

La politique monétaire est orientée vers le soutien de la stabilité macroéconomique, tout en assurant une liquidité adéquate pour appuyer la croissance économique et maintenir l’objectif d’une inflation à un chiffre. Le taux d’inflation annuel moyen s’est établi en 2012 à 6.5 %, en recul sur les 8.7 % de 2011. Cette baisse a été obtenue en dépit d’un regain d’inflation au quatrième trimestre. Une hausse provoquée à la fois par la hausse des prix du maïs et par les effets de la dépréciation du taux de change sur les importations. La dépréciation s’est accélérée en 2012 avec un taux moyen de 6 % contre 1.5 % en 2011.Cette dépréciation du taux de change traduit l’affaiblissement de la position du commerce extérieur et les incertitudes persistantes sur la continuité de la politique conduite par le nouveau gouvernement. Dans l’hypothèse d’une politique monétaire prudente, d’une amélioration de l’approvisionnement alimentaire et d’un taux de change stable, l’inflation devrait encore reculer pour tomber en 2013 à 6.2 %.

La politique monétaire conduite par la Banque de Zambie repose sur l’utilisation d’instruments indirects avec des opérations d’open market (OMO), principal outil de gestion de la liquidité du système bancaire. Le régime de taux de change flexible, qui a aidé le pays à supporter les chocs extérieurs, complète cette politique. En avril 2012, les autorités ont introduit un taux de référence comme principale cible opérationnelle. Le taux directeur a été fixé initialement à 9 %, à l’intérieur d’une bande de 400 points de base du taux interbancaire, mais sujet à des révisions mensuelles en fonction de l’évolution de l’inflation.

De plus, un décret a été appliqué en 2012 visant à consolider le contrôle sur la politique monétaire, à stabiliser le taux de change et à résoudre le problème de la dollarisation grandissante de l’économie zambienne. Il prévoit que toutes les transactions seront désormais effectuées en monnaie locale et interdit de fait l’usage de devises étrangères dans le pays. Un renforcement de la monnaie locale et une réduction des pressions inflationnistes à court terme est attendue de la mise en œuvre de ce décret.

Deux importants changements en matière de politique monétaire et bancaire ont été annoncés par la Banque centrale en janvier 2012 : une augmentation du minimum des fonds propres des banques commerciales qui passe de 12 milliards de kwachas (K) (2.5 millions USD) à 104 milliards K (20 millions USD) pour les banques locales, et à 500 milliards K (100 millions USD) pour les banques étrangères ; et un nouveau libellé du Kwacha, qui a perdu trois zéros à dater du 1er janvier 2013. Le taux directeur est, d’autre part, devenu la référence de la Banque centrale pour sa politique monétaire, fournissant une orientation pour la fixation des taux de base des banques. Cette réglementation devrait provoquer une baisse des taux d’intérêt bancaires qui se situaient en moyenne autour de 20 % à la fin 2012.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

En décembre 2012, la Zambie et la Chine ont signé quatre accords de partenariat économique, dont l’un prévoit l’exonération des droits de douane sur les produits zambiens. Aux termes de l’accord, les exportateurs zambiens bénéficieront de 95 % de ventes en franchise de droits contre 60 % actuellement. Plus de 8 000 produits zambiens pourraient profiter de cet accord, dont on espère qu’il se traduira par un élan et une diversification des marchés extérieurs de la Zambie. Traditionnellement, l’Afrique du Sud et l’Union européenne (UE) sont les marchés sur lesquels le pays écoule ses produits.Lors de la troisième Conférence de coopération économique entre la Corée du Sud et l’Afrique (Koafec) qui s’est tenue à Séoul en octobre 2012, le gouvernement zambien a réaffirmé son engagement prioritaire pour une croissance inclusive, destinée à atteindre une croissance économique et sociale durable. La Zambie met en œuvre dans ce sens d’importantes opérations dans les infrastructures régionales, comme le poste de frontière unique avec le Zimbabwe, à Chirundu, et le projet du corridor de Nacala. Parmi les autres initiatives figure le réseau ferroviaire reliant le nord-ouest de la Zambie à l’Angola et la partie orientale du pays à la Tanzanie, au Malawi et au Mozambique. L’objectif est de promouvoir les échanges avec les pays voisins et de faciliter l’accès à la mer.

La dégradation du secteur extérieur se reflète dans le déficit en 2012 de la balance des opérations courantes, qui était excédentaire en 2011. La cause de ce revers tient au moindre excédent du commerce de marchandises et à l’aggravation du déficit du compte des services provoquée par les flux d’investissements directs étrangers (IDE). L’excédent du commerce des marchandises a baissé de 36 % et le compte des services a fondu. Ces résultats s’expliquent par la baisse des exportations de métaux en raison de la diminution des prix du cuivre alors que la demande globale pour les métaux de base restait modérée. À moyen terme, le secteur extérieur, selon les projections, restera déprimé à cause de la faiblesse des comptes des revenus des services et des facteurs.

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

2004
2009
2010
2011
2012
2013
2014
Balance commerciale
-0.5
7.1
15.8
10.7
6.5
5.7
3.7
Exportations de biens (f.o.b.)
33.9
33.7
44.9
44.3
40.4
39.5
37.6
Importations de biens (f.o.b.)
34.4
26.6
29.1
33.6
33.9
33.8
33.8
Services
-4
-3.6
-3.9
-4.2
-4.3
-3.8
-2.9
Revenu des facteurs
-6.4
-3.3
-8.4
-8.1
-7.4
-7.2
-6.3
Transferts courants
0.5
4
2.7
2
1.9
1.9
1.7
Solde des comptes courants
-10.4
4.2
6.1
0.3
-3.3
-3.3
-3.8

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Politique de la dette

La dette extérieure du secteur public de la Zambie et le risque de surendettement sont restés relativement bas en 2012. La dette extérieure publique et publiquement garantie était estimée à 2.4 milliards USD. Bien que la dette extérieure doive augmenter avec l’acquisition de 750 millions USD d’euro-obligations, sa soutenabilité ne devrait pas être menacée

La mise en vente très attendue de ces 750 millions USD d’eurobonds – la plus importante dans l’Afrique subsaharienne – est intervenue en septembre 2012. Émis avec un rendement de 5.6 %, le dollar bond, lancé il y a dix ans, a reçu plus de 11 milliards USD d’ordres d’achat, illustration de la confiance des investisseurs dans l’économie zambienne. Cette confiance est confirmée par les agences de notation qui ont maintenu la note de crédit de la Zambie à B + malgré les perspectives négatives associées aux incertitudes politiques latentes. Depuis que le pays a bénéficié de l’allégement de sa dette dans le cadre de l’Initiative pour les pays pauvres les plus endettés (PpTE) et de l’Initiative multilatérale pour l’allégement de la dette (Imad), le gouvernement a conduit une politique prudente de la dette. Il a limité l’emprunt pour les prêts à conditions favorables de la part de créanciers multilatéraux et des sources commerciales bon marché. Par conséquent, la dette du secteur public externe ne s’est accrue que faiblement. Entre 2008 et 2012 elle a atteint en moyenne 10.8 % du PIB. La dette en eurobonds devrait la faire passer à 14 % du PIB en 2013, mais une récente analyse menée conjointement par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale sur la soutenabilité de la dette montre que le risque de surendettement est faible. De plus, il existe davantage de marge pour un emprunt extérieur supplémentaire, même aux conditions du marché. Reste que la Zambie a besoin de renforcer son aptitude à gérer la dette pour éviter tout dérapage.

Selon un rapport publié conjointement par quatre agences gouvernementales (Banque de Zambie, Agence de développement de la Zambie, Programme de développement du secteur privé et Office central de statistiques) les placements du secteur privé externe s’établissaient à 4.9 milliards USD au second trimestre 2012 contre 5.2 milliards USD fin 2011. Ces placements consistaient en prêts à court et long termes, en crédits commerciaux et en titres de créances. Le secteur des mines et de l’extraction compte pour plus de la moitié du total de la dette du secteur privé, suivi par le secteur industriel, pour environ un cinquième, et le secteur de l’information et des télécommunications, pour à peu près 10 %.

Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

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Gouvernance économique et politique


Secteur privé

Pour développer les investissements dans le secteur privé, les autorités zambiennes ont lancé en 2006, conjointement avec le secteur privé, l’initiative de développement du secteur privé (Private Sector Development – PSD). Il s’agit de promouvoir la qualité des services et l’investissement privé en s’attaquant aux nombreux goulots d’étranglement entravant le fonctionnement du secteur privé comme l’accès au crédit, le mauvais état des infrastructures et la bureaucratie. Depuis le lancement de cette initiative, des résultats ont été obtenus. Parmi eux, la réduction du temps nécessaire pour enregistrer une société, l’accélération des procédures de dédouanement et la diminution du nombre de documents requis pour la création et la mise en route d’une entreprise.

Les principaux champs d’action du PSD concernent la réforme des permis d’exploitation, le développement des très petites entreprises et des PME, le partenariat public/privé (PPP), la réforme du droit du travail et la productivité, le développement des échanges. Le programme se concentre aussi sur trois domaines intersectoriels de gestion des affaires : la communication, la formation à la gestion pour mettre en œuvre des réformes et l’égalité des chances entre hommes et femmes. Dans le cadre du PSD, le gouvernement envisage de présenter en 2013 deux importants projets de loi (Insolvency Bill, Companies Bill) pour renforcer encore la participation du secteur privé à l’économie.

Un dialogue se poursuit à cet effet entre les autorités et les représentants du secteur privé sous les auspices du Zambia International Aviser Council (ZIBAC VIII). La réunion qu’a tenue en 2012 ce conseil consultatif avait pour thème : « La valeur ajoutée pour un développement durable », une question clé pour l’amélioration de la compétitivité de la Zambie.

Malgré ces réformes, la Zambie a reculé dans le classement Doing Business de la Banque mondiale. Dans l’édition 2013, elle est passée de la 84e à la 94e place sur 185 pays. Le pays n’a progressé en 2012 que sur un seul critère : le renforcement des procédures de règlement de l’insolvabilité en introduisant de nouvelles exigences de qualification pour les séquestres et les liquidateurs, et en établissant des droits et des règles de rémunération spécifiques à leur égard.

Secteur financier

Le secteur financier de la Zambie est resté bien orienté en 2012, grâce à un environnement politique et socio- économique favorable qui a permis au pays d’enregistrer une croissance élevée. L’investissement a montré des signes positifs, comme en témoigne l’émission de 750 millions (USD) d’obligations, qui a attiré des offres de 12 milliards USD. La croissance des prêts, avances et dépôts totaux a concrétisé les améliorations enregistrées dans tous les domaines par le secteur bancaire. Le rendement des titres d’État est resté positif en termes réels grâce à la baisse persistante du taux d’inflation. Toutefois, le niveau élevé des taux des prêts et les charges usuraires ont limité l’accès aux services financiers, fréquentés par seulement 37 % de la population fin 2012. La couverture financière, en particulier en zones rurales, demeure un défi majeur à relever. C’est d’ailleurs le principal objectif du deuxième plan de développement financier (FSDP II).

Lancé en 2012 et prolongeant le FSDP I, ce deuxième plan vise à surmonter les obstacles à l’intégration financière en augmentant la couverture des services financiers, en facilitant leur accès, en améliorant les infrastructures du marché et en renforçant la concurrence. Il a en vue l’accroissement de l’épargne grâce à une intermédiation financière améliorée. Toutefois, les retards apportés à la conclusion des modalités financières de ce plan ont empêché l’application de plusieurs de ses programmes. Un cadre pour l’amélioration de l’éducation financière a cependant été adopté et devrait devenir opérationnel en 2013.

Les autorités s’efforcent aussi de renforcer la stabilité financière. Plusieurs modifications réglementaires ont été introduites en 2012, en particulier une réforme destinée à améliorer le capital de base des banques. Ces dispositions visent également à résoudre des difficultés affectant le secteur financier comme le coût élevé de la gestion des affaires et le haut niveau de prêts non productifs. Accélérer la mise en œuvre du National Financial Switch (NFS) demeure une priorité. Son objectif est d’accroître l’interopérabilité des systèmes de paiement à travers une infrastructure commune.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

Une gestion financière responsable et de la prudence dans l’engagement des dépenses publiques sont, aux yeux des autorités, les clés du développement de la Zambie. Sont poursuivies à cet effet les réformes dans le secteur public. Ainsi, le gouvernement a adopté en septembre 2012 une stratégie spécifique (Three-Year Public Financial Management Strategy) pour la période 2013-15.

En conformité avec ces réformes, les pouvoirs publics sont résolus à soutenir une manière transparente de faire de la politique. La lutte contre la corruption pour empêcher ou repérer les abus de la part des fonctionnaires figure en tête de cet effort. Ont été mis en place avec le soutien du Millenium Challenge Corporation (MCC) des

États-Unis, des comités pour l’intégrité dans les ministères et agences gouvernementales.

Dans le même but, la loi sur la Commission anti-corruption (ACC) a été de nouveau établie en mars 2012. Elle fait de l’abus de pouvoir une forme de corruption. Le précédent gouvernement avait retranché ce délit du champ d’intervention de l’ACC. Cette commission est une institution autonome autorisée par la loi à conduire la lutte contre la corruption. Elle travaille en liaison étroite avec les autres services répressifs, dont la police et la Commission de lutte antidrogue. Elle est composée d’un président, de quatre commissaires et d’un directorat dirigé par un directeur général, toutes ces personnes étant nommées par le président de la République après approbation par le parlement.

Au cours de la présentation du budget pour 2013 le gouvernement a annoncé la mise en œuvre de réformes visant à simplifier le code des impôts pour améliorer la collecte des recettes dans les PME. Il s’est aussi engagé à moderniser l’administration des impôts. Il reste d’autre part déterminé à introduire un partage des recettes avec les collectivités locales, bien que les progrès de la mise en œuvre du programme de décentralisation soit lent. Est aussi prévue une déconcentration des services d’achat des ministères, des provinces et des autres administrations dépensières.

Gestion des ressources naturelles et environnement

La demande toujours croissante en ressources naturelles, comme les minerais, les forêts, la pêche, la terre et la faune exige une gestion durable pour réduire les incidences des changements climatiques, la perte de biodiversité et la dégradation de l’environnement. Atteindre ces objectifs réclame un haut niveau de professionnels bien formés et des institutions financièrement pourvues pour surveiller les infractions et appliquer des sanctions.

Lancé en 2009, le plan dénommé Environment, Naturai Resources Management and Mainstreaming Programme vise à améliorer les capacités de coordination et d’exécution des parties prenantes au secteur de l’environnement et des ressources naturelles. Ce programme est une émanation des cinquième et sixième PND. Il vise à régler les problèmes environnementaux aigus qui affectent le pays.

Une concertation s’est ouverte entre les pouvoirs publics et les intervenants privés sur la politique à conduire pour l’industrie minière. Des lacunes ont été décelées dans la loi en vigueur sur les mines et minerais datant de 1995 et qu’une nouvelle rédaction vise à corriger. En particulier, l’État voudrait accroître la surveillances des activités minières et des exportations de minerais, encourager l’exploitation dans les zones minières non traditionnelles et rationaliser les formalités pour les licences minières afin de renforcer la transparence et le contrôle financier, tout en encourageant les investissements privés dans l’industrie.

Contexte politique

Les sixièmes élections législatives se sont déroulées en septembre 2011. L’opposition du Front patriotique (Patriotic Front – PF) de Michael Sata l’a emporté, battant le Mouvement pour une démocratie multipartite (Movement for Multiparty Democraty – MMD) de Rupiah Banda, qui était au pouvoir depuis 1991. Des incertitudes demeurent, mais les institutions démocratiques ont été renforcées.

Le nouveau gouvernement a conservé dans ses grandes lignes le cadre de la politique de développement établi par son prédécesseur, à savoir le National Vision 2030, le sixième PND 2011-15 et le cadre de dépenses à moyen terme. L’accent est fortement mis sur les créations d’emplois, en particulier pour les femmes et les jeunes. Pour améliorer la prestation de services à travers le pays le président zambien a décidé la création d’une nouvelle province et de nouveaux districts en divisant les plus grands. Ces initiatives figuraient dans le manifeste du parti au pouvoir.

La lutte contre la corruption constitue une autre priorité. Mais, en dépit de nombreuses réformes pour endiguer la concussion, la Zambie n’a pas amélioré sa place sur l’Indice de perception de la corruption établi par Transparency International : en 2012 le pays était au 88e rang sur 176 pays, contre le 91e rang sur 183 pays en 2011.

Le gouvernement a annoncé d’importantes mesures pour améliorer dans son ensemble la gouvernance et la transparence. Elles ont eu un effet au vu de l’indice Mo Ibrahim sur la gouvernance en Afrique : de 2011 à 2012 la Zambie a progressé du 16e au 12e rang sur 52 pays. Et elle figure parmi le groupe restreint de sept pays à avoir accompli des progrès importants sur cet indice depuis l’an 2000.

Contexte social et développement humain


Développement des ressources humaines

En dépit de l’accélération de la croissance, la Zambie n’a connu que de lents progrès dans l’amélioration des conditions sociales et du développement humain. Exception faite de l’éducation, la plupart des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ne seront probablement pas atteints.

L’accès à l’éducation universelle est en bonne voie. Le taux de scolarisation à l’école primaire est passé de 64 % en 1990 à 91.7 % en 2010, dernière statistique connue. Sur le total, on compte plus de filles que de garçons. Ce résultat tient en partie à l’augmentation de la fréquentation dans les écoles communautaires, destinées aux plus pauvres. En conséquence, l’accent devrait être mis à l’avenir sur la qualité de l’enseignement, l’accroissement du taux d’achèvement de la scolarité pour les filles dans l’enseignement secondaire, l’amélioration de l’accès à l’éducation post-secondaire et la formation professionnelle.

Les progrès sont lents dans le secteur de la santé. Selon les dernières statistiques, la mortalité chez les enfants de moins de 5 ans est tombée de 119 pour 1 000 naissances vivantes en 2007 à 111 pour 1 000 en 2011, alors que l’objectif des OMD est de 63.6. De même, d’importants progrès devront être accomplis pour atteindre l’objectif de 35.7 pour 1 000 en 2015 pour la mortalité infantile, dont le niveau s’élève à 85.3 pour 1 000 Bien qu’ils se soient améliorés, les soins de santé maternelle restent loin de la cible OMD. La proportion de naissances en présence de professionnels de santé qualifiés par rapport au nombre total de naissances a progressé de 52 % en 2005 à 65 % en 2011. Néanmoins, le taux de mortalité maternel (pour 100 000) au cours de la même période a seulement décliné de 500 à 440, la cible OMD étant de 162. Pour l’atteindre, des investissements supplémentaires devront être consentis pour la formation, le suivi et l’accès aux établissements de soins, en particulier dans les zones rurales afin de faire reculer les pratiques dangereuses d’accouchement à domicile.

Le taux moyen de prévalence de VIH/sida au sein de la population en âge de travailler à très légèrement baissé, de 13.5 % en 2011 à 13.2 % en 2012 (estimation). Le taux de prévalence en ville est deux fois supérieur à celui des campagnes. Pour améliorer les soins, les dépenses budgétaires sont passées en 2012 à environ 6 % contre 4.5 % en 2011. Des campagnes publiques de sensibilisation ont été lancées sur le VIH/sida, la malaria et la tuberculose.

En dépit des progrès accomplis sur l’indice de développement humain (IDH) la Zambie est toujours en retard par rapport à ses voisins de la région. Son IDH s’établit à 0.43 contre une moyenne de 0.46 dans l’Afrique subsaharienne et n’a pas progressé au cours des dernières années. Ce constat n’est pas sans conséquence pour le développement du capital humain du pays.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

La Zambie connaît une tendance à la hausse des inégalités dans les revenus, le patrimoine et les services sociaux. Le coefficient de Gini est passé de 0.60 en 2006 à 0.65 en 2010. De même, à cause des faibles possibilités d’emploi, le taux de chômage s’est alourdi, passant de 22 % en 2005 à 28 % en 2010. Et l’on estime que 95 % des titulaires d’un emploi sont en situation précaire, travaillant pour la plupart dans des activités peu productives du secteur informel. Cette situation résulte du faible niveau de formation et d’une baisse parallèle de la productivité du travail, aggravés par la concentration de la croissance sur les activités à forte intensité de capital et située dans les centres urbains comme les industries minières, le BTP et les services. Le cas de la Zambie illustre le défi auquel est confronté l’Afrique : faire en sorte que la croissance soit intégrée à un cadre environnemental durable.

Pour surmonter ces obstacles, le gouvernement a augmenté l’enveloppe consacrée aux programmes de protection sociale, passée de 2.4 % des dépenses en 2012 à 2.8 % en 2013. En dehors de ces crédits, 2% sont destinés à régler les arriérés dus par le service des pensions du service public aux retraités. Le reste est affecté à divers filets de protection sociale, d’assistance publique et de transferts sociaux en numéraire. L’augmentation des crédits budgétaires aux programmes de protection sociale devrait aider à progresser vers le premier des OMD : réduire l’extrême pauvreté et la faim d’ici 2015.

Égalité hommes-femmes

L’égalité entre les sexes figure parmi les principales priorités du gouvernement. Les femmes représentent 52 % de la population du pays. Sans égalité entre les sexes, aucun développement économique et social significatif ne sera donc possible. Le président zambien a élevé en mars 2012 la question des genres au niveau ministériel, en vue de renforcer les moyens affectés à l’égalité des sexes. Des mesures incitatives vont être prises pour la participation des femmes à la vie politique du pays.

Lors des précédentes élections législatives, 18 sièges (soit 11 % seulement) sur les 150 en jeu ont échu à des femmes, bien en dessous de l’objectif fixé par la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC) d’une représentation de 50 % de femmes dans les parlements nationaux. Le taux de pauvreté dans les

campagnes en Zambie est de 68 %, avec une part de 80 % de ces pauvres qui sont des femmes et des enfants. Enfin, l’incidence et la prévalence du VIH/sida sont plus élevées chez les femmes que chez les hommes. Dans le sixième Plan national de développement (PND), la question de l’égalité entre les sexes a été intégrée à tous les secteurs de l’économie. D’où l’attribution dans le budget 2013 de fonds additionnels, destinés à favoriser l’emploi des femmes.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

La Zambie est richement dotée en cuivre, principale source de revenus dans les échanges extérieurs qui assure environ 80 % du total des exportations. Elle est la première productrice de ce minerai en Afrique et se situe au septième rang mondial, avec 6 % de la production totale. Elle dispose également de considérables réserves prouvées d’autres minerais, dont le cobalt, le nickel, le manganèse, l’or, les pierres précieuses, le charbon, l’uranium et des matières premières naturelles comme la forêt et des terres fertiles. De plus, la Zambie détient 60 % des ressources en eau de l’Afrique australe – autant d’atouts pour une mutation économique qui se fait attendre.

Alors que les précédentes tentatives pour diversifier les exportations et provoquer des transformations structurelles se sont révélées inefficaces, les conditions économiques et la situation politique actuelles offrent un contexte favorable à un nouveau modèle économique. Correctement exploitées, ces ressources naturelles pourraient être utilisées au profit du peuple zambien. Mais identifier les secteurs offrant le meilleur avantage compétitif n’est pas si facile.

Le potentiel agricole de nature à contribuer à une mutation structurelle est immense. La Zambie a d’abondantes terres arables et les conditions climatiques conviennent à de nombreuses cultures. Actuellement, l’agriculture contribue pour 7 % à la croissance du PlB et emploie environ 85 % de la force de travail, principalement pour une production de subsistance. En outre, la productivité est très faible. La production par travailleur en dollars constants est de 221 USD seulement, contre 900 USD en moyenne pour l’Afrique subsaharienne. De plus, l’agriculture contribue à seulement 5 % du total des exportations de marchandises et ses relations avec l’industrie restent minimales.

Le principal frein à l’amélioration de l’agriculture et à la productivité du cheptel tient au manque d’investissements dans les infrastructures et de services techniques, en particulier pour les petits exploitants confrontés à des coûts à l’unité plus élevés. Intégrer le secteur agricole exige l’engagement d’importantes ressources publiques, en particulier pour améliorer les technologies, et la réduction des subventions aux intrants. Des investissements dans la recherche et le développement, les services techniques et les infrastructures rurales sont essentiels pour rendre l’agriculture plus compétitive.

La Zambie connaît un essor sans précédent de ses matières premières, en partie tiré par le cours international élevé du cuivre. L’exploitation du cuivre peut ouvrir la voie à une industrialisation accrue du pays. Des exemples de PME venant en soutien de l’industrie minière existent déjà. C’est le cas de Scaw Limited, une importante fonderie fournissant des éléments de broyeurs pour les travaux de fraisage du minerai, et d’African Explosives Limited, qui fabrique des explosifs pour dynamiter les rochers. L’externalisation offre une autre forme de création de valeur dans le secteur minier en stimulant le développement d’entreprises locales et la création d’emplois. Parmi les exemples figure la sous-traitance de services professionnels complémentaires comme le transport du minerais et l’offre de main-d’œuvre contractuelle, avec la possibilité dans les deux cas de créer des emplois.

D’autres ressources minérales, comme les pierres précieuses et le charbon représentent aussi des potentiels pour les recettes fiscales, la création d’emplois et la réduction de la pauvreté. Mais l’industrie de la pierre précieuse se caractérise par une exploitation artisanale et les exportations échappent souvent à tout contrôle : moins de 20 % d’entre elles s’effectuent selon un circuit officiel. Alors que le secteur pourrait rapporter 600 millions USD en devises par an, seulement 40 millions USD sont encaissés. Une transformation structurelle supposerait le recours à l’usinage et au polissage pour ajouter de la valeur aux pierres brutes. Les autorités étudient ce modèle en soutenant le centre professionnel (Lapidary and Gemstone Processing Training Centre – LGPTQ) qui propose des formations pour la transformation des émeraudes. Les importante réserves de la Zambie en charbon pourraient être utilisées pour des centrales électriques thermiques et alléger ainsi le déficit énergétique du pays. Les houillères de Mamba, propriété conjointe de l’entreprise étatique Zambia Consolidated Copper Mines-Investment Holding (ZCCM-IH, 35 %) et de Nava Bharat de Singapour (35 %) étudient actuellement les perspectives offertes par une centrale thermique qui produirait 300 mégawatts (MW) dans une première phase d’investissements.

Les obstacles aux mutations structurelles et à une rapide industrialisation de la Zambie sont bien connus. Les diagnostics établis sur la croissance du pays montrent que les entreprises zambiennes sont fortement pénalisées par le sous-équipement en infrastructures, une réglementation et une fiscalité contraignante, un accès limité au crédit, un bas niveau de qualification et le coût généralement élevé de la gestion des affaires. La Zambie dépense actuellement 10 % de son PIB pour les infrastructures alors que, selon les estimations, un niveau de 20 % serait nécessaire pour combler son déficit en la matière. Même avec l’apport des recettes des euro­obligations, l’insuffisance de financement pour les infrastructures restera importante.

La pénurie de personnel qualifié pèse sur les coûts de production et affecte la productivité. Les gros travaux d’infrastructures et de construction sont effectués par des entreprises étrangères avec de la main-d’œuvre importée, principalement d’Afrique du Sud et d’Asie du sud. Réduire l’inadéquation entre éducation et formation supposerait de réformer les programmes de l’enseignement technique et professionnel, d’investir dans la recherche et le développement et de proposer des objectifs ponctuels aux entreprises engagées dans l’amélioration du capital humain.

Le gouvernement a l’intention de poursuivre les efforts de diversification en conduisant des politiques destinées à surmonter ces obstacles. Le plan stratégique pour 2011-15 comporte des critères visant à promouvoir et améliorer la valeur ajoutée des productions locales. Cela se fera à travers la mise en place dans l’ensemble du pays de pôles industriels avec pour référence les avantages comparatifs entre régions. Les entrepreneurs locaux confrontés à des difficultés de financement pourront avoir accès à des fonds auprès de la CEEC réformée. La CEEC et d’autres organismes comme le PSDRP, le Triangle of Hope Initiative et la Millenium Challenge Corporation (MCC) s’efforcent d’atténuer les contraintes pesant sur le développement à long terme de la Zambie.

Avec la production de cuivre devant atteindre 1.5 million de tonnes en 2015, les zones économiques multiservices en développement, l’utilisation des équipements et infrastructures à Nasanga et dans deux autres centres agricoles, la Zambie devrait franchir une nouvelle étape vers une croissance distributive et inclusive. À condition toutefois que se manifeste une grande détermination au sommet et que s’établisse un solide partenariat entre l’État et les acteurs privés. Les autorités doivent inculquer un esprit d’appropriation et renforcer le rôle du secteur privé, en encourageant les entreprises industrielles à se porter vers de nouveaux créneaux comportant des chaînes complexes de forte valeur ajoutée.