Burundi

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La croissance économique devrait être plus faible que prévu en 2012, à 4.3 %, plombée par le fléchissement de la demande globale et le faible niveau d’investissement dans les secteurs porteurs.

Avec la consolidation de la paix, les réformes structurelles et sociales ont progressé mais les investisseurs, notamment privés, restent circonspects.

Exploitées et bien gérées, les abondantes ressources naturelles pourraient avoir un impact substantiel sur la croissance et la création d’emplois.

Vue d’ensemble


Le Burundi se relève progressivement d’une crise sociopolitique profonde qui a détruit son tissu productif. S’il enregistre depuis 2005 un taux de croissance moyen de l’ordre de 4 %, l’économie reste fragile du fait de sa dépendance vis-à-vis du secteur primaire, gros contributeur au PIB et à la création d’emplois. Les aléas climatiques pèsent lourd sur les performances agricoles. À la suite des intempéries de 2012, la production de produits vivriers a chuté, même si la production de café et de thé a été bonne. Le regain d’activité économique observé ces dernières années serait par ailleurs imputable à l’expansion des services et du secteur secondaire, portés par des investissements dans l’industrie ainsi que le bâtiment et les travaux publics (BTP).

La pression inflationniste s’est accentuée, avec un taux de 14.5 % en moyenne en 2012, ce qui reflète les prix relativement soutenus des denrées alimentaires sur le marché mondial et une chute de la production agricole nationale de l’ordre de 30 % au cours du premier trimestre 2012. Fin mars, le taux a même atteint 25 % avant de retomber à 11.8 % fin décembre. Cette situation a été également exacerbée par la décision du gouvernement de réviser à la hausse les tarifs de l’eau et de l’électricité sur cette même période.

Le pays a poursuivi ses réformes structurelles et financières afin de consolider les bases productives, d’améliorer le climat des affaires et de relancer l’activité économique. Les autorités ont maintenu un cap budgétaire prudent, se conformant aux priorités de dépenses définies dans le Cadre stratégique de croissance et de lutte contre la pauvreté (CSLP II), adopté en février 2012. Parallèlement, le gouvernement s’est attelé au renforcement de la transparence dans la gestion des finances publiques. Le Burundi demeure fragile sur le plan de la gestion de la dette et, malgré les progrès réalisés, le risque de surendettement est réel à cause du déséquilibre structurel de la balance commerciale et de la vulnérabilité de l’économie aux chocs externes. Aussi, des incertitudes persistent sur le niveau de l’aide budgétaire pour les années à venir, nourries par les perturbations de l’économie mondiale et, notamment, par la crise budgétaire dans la zone euro.Par conséquent,l’accent devrait être mis sur la mobilisation des recettes intérieures, à travers la poursuite des réformes de l’administration fiscale.

Le pays dispose d’importantes ressources naturelles, notamment minières et hydroélectriques, dont la valorisation pourrait avoir des impacts substantiels sur la croissance économique et la création d’emplois. En attendant, le secteur minier se caractérise plutôt par des activités artisanales en pleine expansion, mais sans impact réel sur l’économie. Cette situation est la résultante des effets conjugués du long conflit civil et du manque d’infrastructures de base, notamment dans le domaine de l’énergie.

Figure 1: Taux de croissance du PIB réel 2013 (E)

burundigp1

Tableau 1 : Indicateurs Macroéconomiques

2011
2012
2013
2014
Taux de croissance du PIB réel
4.2
4.3
4.6
4.9
Taux de croissance du PIB réel par habitant
1.9
2.3
2.8
3.1
Inflation IPC
9.6
14.5
8.6
5.8
Balance budgétaire % PIB
-8.4
-8
-8.7
-9.5
Balance courante % PIB
-12
-16.2
-16.2
-17.8

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Développements récents et perspectives


Tableau 2 : PIB par secteur (en pourcentage du PIB)

2007 2012
Agriculture, sylviculture et pêche - -
Agriculture, chasse, sylviculture et pêche 38 41.2
Construction 4.3 4.4
Electricité, gaz et eau 0.9 1.3
Electricité, eau et assainissement - -
Extractions - -
Finance, assurance et solidarité sociale - -
Finance, immobilier et services aux entreprises 0.9 -0.2
Services des administrations publiques - -
Produit intérieur brut aux prix de base / au coût des facteurs 100 100
Industries manufacturières 12.7 15.2
Mines 0.7 0.8
Autres services 8.1 8.1
Administration publique et services personnels - -
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels - -
Administration publique, éducation, santé et travaux sociaux, services communautaires, sociaux et personnels 7.6 6.5
Services sociaux - -
Transports, entreposages et communications 21.5 19.6
Transport, communications et information - -
Vente en gros et de détail, hôtels et restaurants 5.2 3.3
Vente en gros et de détail, immobilier - -

 

En 2012, la conjoncture économique internationale a eu un impact négatif sur l’économie burundaise, lacroissance conservant pratiquement son niveau de 2011. Ce taux de 4.3 % est inférieur aux prévisions établies en début d’année par les autorités, qui tablaient sur une progression de 4.8 %. Cette contreperformance traduit la fragilité d’une économie soumise à de multiples contraintes, dont le manque de diversification, le faible niveau d’investissement, les coûts élevés de production associés à une main-d’oeuvre faiblement qualifiée et un climat des affaires peu attractif, en dépit des progrès réalisés.

Le secteur primaire (principalement l’agriculture) a représenté 41.2 % du PIB en 2012, soit quasiment le même niveau qu’en 2011. Les méthodes agricoles traditionnelles couplées aux effets néfastes de l’érosion des sols ont entraîné une diminution des capacités de production au fil des années, avec de lourdes conséquences socioéconomiques pour les populations vulnérables dans un pays où plus de 80 % des habitants dépendent de ce secteur pour vivre. Le café et le thé sont les principales cultures d’exportation, qui fournissent plus de 70 % des recettes en devises et ont constitué la principale source de revenus pour plus de 800 000 ménages. Selon les données de la Banque de la république du Burundi (BRB), la production de café a bondi de 34 % en 2012, passant à 23 309 tonnes (contre 17 446 tonnes en 2011), pour un niveau de recettes estimé à 63.1 millions de dollars (USD). De même, la production du thé a été en hausse, à 8 648 tonnes (pour 7 953 tonnes en 2011), procurant des recettes estimées à 22.9 millions USD.

Le secteur secondaire ressort à hauteur de 20.5 % du PIB, du fait essentiellement d’investissements dans l’industrie, en progression depuis 2010 (14.6 % du PIB en 2012, contre 13.5 % en 2010). Le secteur tertiaire représente quant à lui 38.3 % du PIB en 2012.

Le secteur privé, encore embryonnaire, est constitué pour l’essentiel de petites et moyennes entreprises (PME) qui opèrent pour la plupart dans le secteur informel. Les entreprises sont concentrées principalement à Bujumbura, la capitale. La part de l’investissement privé dans le PIB, bien que relativement faible, a augmenté de manière significative, de 2.2 % en 2000 à 10.1 % en 2010 et à près de 14 % en 2012, tirée par l’activité dans le secteur du tourisme (hôtellerie). Toutefois, les coûts élevés de production, un climat des affaires peu attrayant, l’insuffisance des infrastructures (notamment routières et énergétiques) et le faible niveau des services sont peu propices aux investissements directs étrangers (IDE), estimés à moins de 4 % du PIB en 2012.En outre, la corruption, la faiblesse du système judiciaire et l’accès limité au crédit constituent autant de facteurs qui entravent la croissance du secteur et la compétitivité du Burundi (lanterne rouge du classement 2012/13 du Forum économique mondial (FEM) sur la compétitivité, avec le Burundi en dernière place).

Du côté de la demande, la formation brute de capital a régressé de 2 % en 2012 et reste en deçà du niveau atteint en 2011 (20 % du PIB). Cette tendance n’a pas freiné la poursuite des investissements dans le secteur privé (environ 4 % en volume) en 2012. Par ailleurs, malgré l’essor des exportations de café en 2012, la contribution globale du secteur extérieur à la croissance du PIB est restée négative (-2 points de pourcentage).À moyen terme, le gouvernement entend maintenir le rythme des réformes et un cadre macroéconomique susceptible de relancer la croissance et ce, malgré une conjoncture internationale de plus en plus tendue. Les autorités envisagent ainsi des mesures incitatives pour ramener la production du café au-dessus des 35 000 tonnes par an, un niveau atteint dans les années 80. Elles comptent de même accroître la culture du thé en augmentant les surfaces cultivables, qui passeront de 9 000 hectares à plus de 14 000 d’ici 2015. Sans oublier l’exploitation de ressources minières, qui constitue une source potentielle de croissance.

En phase avec la mise en oeuvre des différentes stratégies contenues dans le CSLP-II, le gouvernement table sur une croissance progressive à l’horizon 2016, avec une moyenne de 5 % à compter de 2013. Ce scénario repose sur quatre hypothèses : i) la baisse de l’inflation à 10 % en 2013 et 2014, grâce à la stabilisation des prix et de la parité entre le franc burundais (BIF) et le dollar américain ; ii) l’amélioration de la mobilisation des ressources intérieures, couplée à une meilleure maîtrise des dépenses courantes (salaires des fonctionnaires et défense notamment) ; iii) le soutien aux exportations à travers la hausse de la productivité agricole (promotion de la petite irrigation et désenclavement des zones de production par la réhabilitation des routes de desserte), le développement de l’agro-industrie et l’exploitation minière ; et iv) le desserrement progressif de la contrainte énergétique, avec de nouveaux investissements dans la production d’hydroélectricité. La reprise dans le secteur tertiaire, notamment les services bancaires, les télécommunications et le tourisme, devrait par ailleurs avoir un effet positif sur le PIB.

Deux grands risques pèsent toutefois sur les perspectives à moyen terme : la forte sensibilité de l’économie aux aléas climatiques et l’instabilité sous-régionale que pourrait engendrer le conflit armé dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Les incertitudes entourant la conjoncture extérieure pourraient également réduire les apports d’aide extérieure et enrayer de ce fait la dynamique de développement.

Politiques macroéconomiques


Politique budgétaire

Le contexte économique national et international a profondément affecté l’exécution du budget en 2012. La persistance de cours des denrées alimentaires et des produits pétroliers relativement élevés a conduit le gouvernement à prendre des mesures d’abattement fiscal pour apaiser les tensions sociales. La détaxation des produits vivriers en mai 2012 a engendré une baisse des recettes de l’État estimée à 10 milliards BIF. Par ailleurs, les recettes pétrolières ont diminué d’environ 23 milliards BIF, du fait de la réduction des droits d’accise et du gel des prix domestiques à la pompe. Avec la révision de la Loi de finances en juin 2012, le gouvernement a adopté de nouvelles mesures1 qui ont permis de mobiliser environ 26.9 milliards BIF. Les rentrées fiscales auraient ainsi atteint 501.2 milliards BIF, à 14.4 % du PIB et en augmentation d’environ 1.2 % par rapport à 2011.

Grâce à cette politique budgétaire prudente, les dépenses se sont maintenues à un niveau inférieur à 35 % du PIB en 2012. Les dépenses courantes ont baissé de 0.05 point de pourcentage du PIB par rapport à leur niveau de 2011. Toutefois, la masse salariale a atteint 9 % du PIB, avec essentiellement la poursuite des recrutements dans les secteurs de la santé et de éducation. Les dépenses d’investissement sur ressources propres ont également diminué, se situant à hauteur de 11.7 % du PIB en 2012 contre 11.8 % en 2011. Quant aux dépenses pro-pauvres (santé, éducation, transports, agriculture, etc.), elles ont fléchi, représentant 11.2 % du PIB en 2012 (contre 12.5 % en 2011 et 13.0 % en 2010). En conséquence, la gestion rigoureuse des finances publiques a permis de maintenir le déficit budgétaire (hors dons) à 8.0 % du PIB en 2012 contre 8.4 % en 2011.L’adoption en décembre 2012 de la Stratégie de gestion des finances publiques 2012-2014 traduit une volonté d’appropriation des réformes par les autorités. Elle prévoit notamment : i) la finalisation du cadre juridique et institutionnel ; ii) le renforcement de la mobilisation des recettes ; iii) le renforcement de la préparation du budget et de son exécution ; iv) la mise en oeuvre d’un système d’information efficace ; et v) le renforcement de la capacité d’exécution du ministère des Finances.

Au plan intérieur, l’accent sera mis sur la poursuite des réformes fiscales et du renforcement des capacités de l’Office burundais des recettes (OBR) afin de soutenir la mobilisation des ressources budgétaires. En outre, la nouvelle loi portant instauration de l’impôt sur le revenu (adoptée en décembre 2012) devrait doper les recettes. Ces efforts devraient compenser le manque à gagner lié à l’adoption, toujours en décembre 2012, de la nouvelle loi relative aux impôts et qui réduit le taux d’imposition sur le bénéfice de 35 à 30 % et supprime l’acompte de 4 % payé par les entreprises. Du côté des dépenses, les mesures visant à en assurer le contrôle vont être poursuivies, dont notamment la mise en oeuvre de la politique de suppression du parc automobile de l’État en 2013, appelée communément « charroi zéro », et la maîtrise de la masse salariale. Toutefois, la persistance de phénomènes comme la corruption et l’évasion fiscale et le fait que le gouvernement ait du mal à gérer les diverses exonérations fiscales accordées pourraient compromettre la bonne gestion udgétaire.

Tableau 3 : Opérations financières de l’état (pourcentage du PIB)

2009
2010
2011
2012
2013
2014
Recettes totales (avec dons)
19.2
25.4
26.2
26.3
24.5
24
Recettes fiscales
13
13.7
14.3
14.4
14.2
14.1
Recettes pétrolières
-
-
-
-
-
-
Dons
5
10.9
10.8
10.8
9.2
8.8
Dépenses totales (et prêts nets) (a)
23.7
32.7
34.5
34.3
33.2
33.5
Dépenses courantes
19.4
22.1
22.7
22.6
22.4
23
Sans les intérêts
18.2
20.9
21.5
21.3
21.3
21.9
Salaires
8.6
8.6
8.7
9
9.6
10.6
Intérêts
1.2
1.2
1.2
1.3
1.1
1
Solde primaire
-3.3
-6.1
-7.1
-6.7
-7.6
-8.5
Solde global
-4.5
-7.3
-8.4
-8
-8.7
-9.5

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Politique monétaire

Les autorités monétaires privilégient la stabilisation des prix pour préserver le pouvoir d’achat des populations à faible revenu. Les chocs sur les prix des denrées de première nécessité et des produits pétroliers ont cependant attisé l’inflation en 2012, avec un taux moyen de 14.5 % (contre 9.6 % en 2011), ce qui complique la tâche de la BRB.

En dépit des efforts pour réformer le système et le contrôle bancaire, la situation monétaire ne s’est pas améliorée en 2012 : les agrégats M2 (circulation fiduciaire et dépôts en monnaie locale) et M3 (dépôts en devises étrangères) n’ont pas atteint les niveaux de croissance projetés par les autorités au début de l’année (7.3 % au lieu de 18.4 % pour M2 et 9.7 % au lieu de 29.2 % pour M3). Le taux interbancaire oscille autour d’une moyenne de 12 % en 2012.

La communication hebdomadaire des informations sur les opérations de gestion de liquidité par le Comité de gestion de la trésorerie (ministère des Finances et BRB) a néanmoins permis de mieux coordonner les politiques monétaire et budgétaire.

Le Burundi a opté pour un régime de taux de change flottant, le nouveau règlement sur les changes qui a pris effet en juillet 2010 assouplissant les contrôles sur les opérations en devises tout en codifiant les pratiques réglementaires.

L’année 2012 a été marquée par une diminution sensible des appuis budgétaires et des recettes d’exportation.Ces deux phénomènes ont provoqué une dévalorisation de la monnaie du pays, à 1 600 BIF pour 1 USD en décembre 2012 (contre 1 400 en janvier 2012), soit une dépréciation nominale de plus de 14 %.

Le financement bancaire est essentiellement orienté vers la commercialisation du café et le commerce. L’accès constitue un sérieux problème pour les entreprises privées et, selon les données du rapport Doing Business de la Banque mondiale, le Burundi a perdu 2 places sur le critère de l’obtention de prêts, passant du 165e rang en 2011 au 167e sur 185 pays en 2012.

Coopération économique, intégration régionale et commerce

Le Burundi est membre de plusieurs organisations régionales : la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), l’Initiative du bassin du Nil (IBN), l’Autorité du lac Tanganyika (ALT), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), le Marché commun d’Afrique australe et d’Afrique orientale (Comesa) et la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE). Ces multiples adhésions traduisent une volonté politique d’intégration économique régionale, visant à tirer avantage de la position géographique du pays et des effets d’entraînement qui en résultent. Cette ambition est mise en avant dans le CSLP-II, qui en fait l’un des atouts de la relance du pays. Toutefois, c’est dans le cadre de la CAE que le Burundi semble jouer un rôle plus dynamique, en réponse aux divers programmes pour faciliter le commerce à travers des postes frontières uniques, le développement des routes à caractère régional et la libre circulation des personnes et des biens. L’appartenance à la CAE mérite d’être soulignée, dans la mesure où elle devrait devenir, à terme, une zone monétaire commune.

Pour autant, le commerce extérieur occupe une place relativement modeste dans l’économie burundaise. En 2012, il ne représente que 0.2 % des activités du secteur tertiaire, avec un degré d’ouverture aux échanges (PIB/échanges totaux) de 36 %. En outre, le pays a un indice de restriction du commerce tarifaire de 12.4, signe d’un régime commercial restrictif (supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne de 11.3). Malgré l’ouverture de postes frontières uniques avec le Rwanda et la Tanzanie, le classement relatif au commerce transfrontalier dans l’édition 2013 du rapport Doing Business ne s’est pas amélioré, le Burundi restant au 177e rang.

L’étroitesse de la base des exportations est l’un des facteurs expliquant cette contreperformance. Celles-ci sont en effet fortement tributaires (à plus de 70 %) d’un seul produit, le café. Les destinations des produits sont elles aussi relativement peu diversifiées : la sous-région (CAE et RDC) et l’Europe (surtout l’Allemagne, avec 20 % du total). Les importations en revanche sont en grande partie constituées de produits manufacturés, reflétant la faiblesse de l’industrie locale et les limites d’un marché intérieur restreint, peu propice aux économies d’échelle. Elles proviennent pour l’essentiel de la CAE, de l’Union européenne (UE) et de l’Asie.

En 2012, les exportations devraient représenter 4.6 % environ du PIB, en deçà du niveau record de 2011 (5.3 %), alors que les importations sont estimées à 23 %, en léger recul par rapport à 2011 (23.4 %). En outre, le faible niveau des transferts courants (7.3 % du PIB contre 11.2 % en 2011), conjugué au déficit de la balance commerciale et des services, n’a fait que contribuer à creuser le déficit courant, qui est passé de 12.0 % du PIB en 2011 à 16.2 % en 2012

La situation de la balance commerciale ne devrait pas significativement évoluer en 2013 et 2014 et restera négative, en dépit de l’accroissement attendu des exportations en volume de café et du thé, dopées par les réformes en cours. L’exploitation des ressources minières pourrait toutefois profiter au Burundi, en accentuant la diversification de ses exportations.

Par ailleurs, le recul de l’aide au développement a pesé sur les réserves internationales brutes, qui sont passées de 332 millions USD en 2010 (soit l’équivalant de 4.8 mois d’importations) à 296 millions USD en 2011 (4 mois) et 269 millions USD en 2012 (3.3 mois).

Tableau 4 : Comptes courants (en pourcentage du PIB)

2004
2009
2010
2011
2012
2013
2014
Balance commerciale
-14.1
-15.8
-16.6
-18.2
-18.3
-17.7
-17.8
Exportations de biens (f.o.b.)
5
3.9
5
5.3
4.6
4.2
4
Importations de biens (f.o.b.)
19.1
19.7
21.6
23.4
23
21.9
21.8
Services
-7.7
-7.3
-4.4
-4.3
-4.5
-4.8
-5.4
Revenu des facteurs
-2.1
-1
-0.5
-0.7
-0.7
-0.7
-0.8
Transferts courants
15.8
14.8
6.7
11.2
7.3
7
6.2
Solde des comptes courants
-8
-9.3
-14.8
-12
-16.2
-16.2
-17.8

2012 : estimations ; 2013 et années suivantes : prévisions.

Politique de la dette

Le Burundi a atteint le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) en 2009 et a bénéficié d’un nouvel allégement. La dette publique et garantie par l’État a été réduite de plus 90 % en valeur actuelle nette. En 2012, l’encours de la dette est évalué à 620.6 millions USD (35.6 % du PIB) dont 355.4 millions de dette extérieure (24 % du PIB). Le ratio valeur actuelle de la dette/exportations de biens et de services est estimé à 187 % du PIB en 2012, ce qui est difficilement soutenable pour le pays.

Le Burundi a cependant fait des avancées remarquables en matière de gestion de son endettement. Le système informatisé de gestion de la dette extérieure (Sygade), dont une nouvelle version a été installée en 2012, produit des rapports mensuels de situation. Cette régularité et l’amélioration de la qualité des informations facilitent la planification et l’exécution du service de la dette, puisque le ratio service/exportations est estimé à 3.5 % du PIB en 2012. La gestion de la dette intérieure s’est également améliorée depuis la conclusion de l’audit des arriérés intérieurs en 2006, qui a entraîné un remboursement selon un calendrier convenu avec le Fonds monétaire international (FMI).

Malgré tout, le risque de surendettement demeure élevé, à cause du déséquilibre structurel de la balance commerciale et de la fragilité aux chocs externes. Les dernières évaluations de la dette (DeMPA) menées par la Banque mondiale en août 2012 ont confirmé cette fragilité, dont la consolidation suppose une politique d’endettement prudente reposant essentiellement sur des prêts hautement concessionnels ayant un élément don d’au moins 50 %. Par ailleurs, les autorités burundaises ont, avec l’appui des partenaires techniques et financiers (PTF), élaboré un plan d’action pour la mise en oeuvre des réformes de la gestion de la dette, dont notamment la restructuration de la direction ad hoc.

Figure 2 : Part de l’encours de la dette extérieure dans le PIB et ratio du service de la dette sur les exportations 2013

burundigp2

Gouvernance économique et politique


Secteur privé

Le secteur privé burundais, réduit, est fortement dominé par des activités informelles. Selon les données récentes du ministère du Commerce, le secteur privé structuré comprend environ 3 000 entités, essentiellement des PME, qui emploient près de 40 000 travailleurs (soit moins de 2 % de la population active). La plupart (à plus de 65 %) opèrent dans le secteur des services, 9.1 % seulement poursuivant une activité industrielle. Plus de 80 % sont localisées à Bujumbura. Cela explique que la part de l’investissement privé dans le PIB, bien qu’en augmentation (de 2.2 % en 2000 à 15 % en 2012), reste relativement faible.

Le CSLP-II fait clairement du développement du secteur privé une priorité pour le gouvernement. Les autorités se sont engagées à poursuivre les efforts de réforme engagés ces dernières années, pour améliorer l’émergence d’acteurs privés et renforcer la compétitivité. Dans l’édition 2013 du rapport Doing Business, le Burundi est le seul pays africain figurant parmi les dix premiers pays réformateurs en matière de climat des investissements en 2011/12. Il a gagné plusieurs places, passant du 172e rang en 2011 au 159e en 2012. La création en mars 2012 du guichet unique au sein de l’Agence pour la promotion des investissements (API) a permis de réduire substantiellement les chevauchements entre les attributions des différentes institutions impliquées dans le processus de création d’entreprises, voire de les éliminer. Le pays est ainsi passé de la 99e à la 28e place entre 2011 et 2012, avec un recul du nombre de procédures de 9 à 4 et des délais moyens de 14 à 8 jours.

Si le Burundi a enregistré des avancées sur le plan de la législation (harmonisation avec les normes régionales) en ratifiant le traité établissant la CAE, il est très en retard par rapport aux autres pays membres en matière de compétitivité : lanterne rouge du classement du dernier rapport sur la compétitivité du FEM (144e rang sur 144 pays), il affiche un indice de compétitivité de 2.8 (contre 2.9 en 2010). Le gouvernement entend s’atteler aux multiples contraintes qui freinent l’essor du secteur privé2 dont notamment la faiblesse des infrastructures d’appui à la production (énergie, transports) ; le manque d’accès à des financements de long terme ; le poids prohibitif de la fiscalité sur les entreprises ; le développement limité des services d’appui à l’entrepreneuriat ; et la faible qualification de la main-d’oeuvre. En outre, les réformes seront approfondies pour renforcer le cadre légal et réglementaire afin de promouvoir les IDE, dont la faiblesse actuelle constitue un autre handicap pour le développement du secteur privé.

Secteur financier

Le système financier, largement dominé par le secteur bancaire, se remet encore de plusieurs années d’instabilité politique et macroéconomique, avec des niveaux élevés de prêts non performants et une capitalisation insuffisante. Encore embryonnaire et peu diversifié, il reste dominé à 80 % par le secteur bancaire,composé de la BRB (la Banque centrale), de dix banques commerciales, d’une institution de financement du logement, d’une banque de développement, de 23 institutions de microfinance (IMF) et de 6 compagnies d’assurance. La prédominance des prêts à court terme (plus de 63 % du total) pénalise le financement des investissements de développement. Elle transparaît dans la concentration des crédits au secteur privé dans le secteur du commerce (environ 60 % du total).

Selon des estimations effectuées en 2012, 2 % seulement de la population sont titulaires d’un compte bancaire et moins de 0.5 % ont accès aux prêts bancaires. En outre, seules les IMF opèrent dans les zones rurales. La plupart des PME ont du mal à obtenir des prêts pour de multiples raisons, dont les deux premières sont l’absence de garantie tangible recherchée par les banques et le manque de fiabilité des informations qu’elles présentent. Dans une étude du Milken Institute d’avril 2010 portant sur un ensemble de 122 pays à tous les stades du développement et cherchant à évaluer l’accessibilité au capital, le Burundi arrive en dernière position,avec un indice de 1.27 en 2009 (contre 8.25 pour le Canada, premier du classement).

Le cadre juridique et réglementaire nécessite d’être renforcé. Une nouvelle loi bancaire visant l’amélioration des systèmes de paiement est en préparation. Sa mise en oeuvre devrait permettre d’assurer une meilleure intégration des circuits financiers. La conformité aux exigences prudentielles est satisfaisante, mais le risque élevé de concentration trahit une source potentielle de vulnérabilité du secteur. À titre d’exemple, deux tiers des prêts bancaires ont été alloués dans le secteur du commerce entre 2009 et 2012. Le taux d’intérêt moyen pondéré appliqué par les banques en 2012 avoisine 20 % (TVA comprise). Les transactions se font pour la plupart en espèces et à travers un échange physique.

Le niveau de rentabilité des banques commerciales a continué de s’améliorer au cours des dernières années,grâce à une demande accrue de services bancaires et de crédit. L’arrivée sur le marché de deux nouvelles banques en 2012 devrait progressivement renforcer la concurrence et entraîner, à terme, une baisse des taux d’intérêt.

Gestion du secteur public, institutions et réformes

Le gouvernement s’est attelé en 2012 à l’Administration et à son fonctionnement, à travers des contrats de performance signés par tous les ministres. Les rapports trimestriels d’activité sont transmis à la présidence de la République qui en assure le suivi. Ces mesures méritent d’être poursuivies et renforcées, en opérant toutefois une distinction formelle entre les fonctions techniques et les fonctions politiques, absente pour l’instant, ce qui suscite les critiques de la presse privée et des ONG. Les chevauchements et les interférences politiques qui en découlent affaiblissent l’administration publique. Conjugués au faible niveau de rémunération de ses agents (la masse salariale représente environ 12 % du PIB en 2012, pour un effectif de 120 000 personnes), ces facteurs ne militent pas en faveur de l’éthique et de la déontologie professionnelles – sans compter qu’ils découragent les cadres compétents.

Parfois inégaux, les progrès dans la mise en oeuvre des réformes économiques appuyées par les partenaires sont constants, de l’opérationnalisation de l’OBR à l’amélioration du climat des affaires, en passant par la révision du code douanier, l’adoption d’une nouvelle loi des marchés publics, la création d’un compte unique du Trésor et le renforcement des contrôles et des audits.

La mise en place des cadres de dépenses à moyen terme (CDMT) contribue à renforcer la planification stratégique sectorielle. C’est particulièrement vrai des secteurs de la santé, de l’éducation, de l’eau, où les prestations se sont nettement améliorées en 2012, avec des taux d’utilisation en hausse par rapport à 2011.Toutefois, le faible niveau de financement des dépenses non salariales, surtout dans les ministères ne bénéficiant pas de l’aide extérieure, limite l’efficacité et la qualité des services rendus.

En dépit de l’envergure des réformes engagées et des progrès réalisés, la corruption reste une source de préoccupation constante pour les autorités. Le pays se classe au 165e rang (sur 176 pays) dans l’indice de perception de la corruption établi pour l’édition 2012 du rapport de Transparency International, en recul de sept places par rapport à 2011. En outre, plusieurs rapports font ressortir des faiblesses et des doublons dans les structures de contrôle de la gestion de finances publiques (Inspection générale de l’État, Cour des comptes,Brigade anti-corruption, etc.). Le plan d’action de la nouvelle stratégie en la matière, adoptée en décembre 2012, prévoit des dispositions pour améliorer la transparence et la reddition de comptes.

Gestion des ressources naturelles et environnement

Le Burundi a ratifié les grandes conventions internationales et régionales en matière d’environnement, notamment les trois conventions de Rio et le Protocole de Kyoto. Mais il fait face à une dégradation continue et accélérée de son environnement naturel, en raison notamment du changement climatique. Les préoccupations environnementales et climatiques ont donc été prises en compte dans deux CSLP successifs, avec des importantes dotations budgétaires importantes mais en baisse, de 3.9 % en 2010, à 2.6 % en 2011 puis à 2.4 % en 2012.

L’indice de performance environnementale (IPE), de l’université de Yale (2010), a classé le pays au 140e rang sur 163 pays. Ce niveau traduit une haute vulnérabilité écologique et des capacités d’investissement très limitées dans les infrastructures environnementales, le contrôle effectif de la pollution et la gestion de l’environnement. Les défis écologiques sont encore mal cernés alors que les impacts du changement climatique ne sont pas encore perçus comme des risques, selon ce rapport.

Conformément à la Stratégie nationale et au Plan d’action en matière de diversité biologique, le Burundi a adopté en 2011 une nouvelle loi sur la création des aires protégées et un décret délimitant ces aires. Il a aussi institué une police de protection de l’environnement et des comités locaux de surveillance pour la protection des forêts naturelles, des parcs et des zones de reboisements publics et privés. D’autres cadres juridiques et politiques ont été mis en place (code foncier et code forestier notamment) mais leur application reste faible,principalement par manque de financement. L’avant-projet de code minier, élaboré en 2012 et adopté par le gouvernement, a été transmis au parlement pour approbation.

Malgré la faiblesse des moyens, plusieurs actions ont été engagées ces deux dernières années, sur le front du reboisement (plus de 10 millions de plants forestiers, agro-forestiers et fruitiers chaque année), de la promotion et de la diffusion de foyers améliorés, de la restauration des aires protégées dégradées mais aussi de la collecte,du traitement et de la diffusion des données hydrométéorologiques. Plusieurs partenaires au développement appuient les fforts du pays dans ce domaine, dont la Banque africaine de développement (BAfD) qui intervient dans l’aménagement des bassins versants.

Contexte politique

Depuis 2005, la consolidation de la paix et de la sécurité progresse sensiblement dans le pays. Le Burundi jouit depuis sept ans de l’une de ses plus longues périodes de stabilité politique. L’application du dernier Accord de paix conclu avec les mouvements rebelles a permis des avancées notables en termes de démobilisation et de réintégration/réinsertion des anciens combattants, contribuant ainsi à la réduction de l’insécurité. Ce climat apaisé a été propice au renforcement du processus démocratique et des structures de contrôle et de gestion qui devraient permettre de jeter graduellement les jalons d’une bonne gouvernance. C’est sur cette toile de fond que s’inscrivent les efforts visant à instaurer un dialogue politique inclusif et la création de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante (CENI) en vue des élections présidentielles et législatives de 2015.

Le déploiement de la Stratégie nationale de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption (2011-2015), adoptée en 2011, progresse avec des actions de sensibilisation et le lancement de poursuites à l’encontre de personnes impliquées dans ce type de pratiques. Sur le plan humanitaire, le retour massif des réfugiés – qui s’inscrit dans un plan négocié entre le Burundi, la Tanzanie et le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) – crée des problèmes, notamment fonciers, et exacerbe les tensions sociales liées à l’accès à la terre. Quant au conflit dans l’Est de la RDC, et même s’il n’a pas encore de répercussions socio-économiques significatives sur le Burundi, il pourrait constituer, à terme, avec l’afflux de populations en fuite, un risque pour la sécurité intérieure.

Devant la fragilité des acquis politiques, le Burundi doit impérativement approfondir les réformes pour s’attaquer aux multiples défis, qui vont de la consolidation de l’État de droit à la pérennisation de la paix, en passant par l’éradication de l’impunité et la mise en place d’un appareil judiciaire indépendant et efficace.

Contexte social et développement humain


Développement des ressources humaines

L’amélioration des dispositifs de mise en oeuvre de la politique d’éducation depuis deux ans est remarquable.Après la décision des autorités d’allonger le cycle primaire de six à neuf ans, un plan sectoriel de développement de l’éducation et de la formation a été élaboré et validé en 2012, qui a le soutien des PTF, et sera mis en oeuvre à partir de septembre 2013. Une refonte des programmes de l’enseignement fondamental a également été engagée en 2012.

Le taux net de scolarisation (TNS) dans le primaire est passé de 80 % en 2003/2004 à près 100 % en 2010/11, pour un taux d’achèvement qui a évolué de 47.7 % en 2009/10 à 51.3 % en 2010/11. Dans le secondaire, le taux brut de scolarisation (TBS) a également progressé, de 16 % en 2004 à 26.7 % en 2010/11. Dans le supérieur, le gouvernement a adopté en 2012 une loi qui introduit le système de licence/maîtrise/doctorat (LMD) et créé le Conseil national de l’enseignement supérieur (CNES). Des défis majeurs subsistent pourtant, notamment sur le plan de la qualité et des inégalités d’accès, surtout dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur.

Les autorités ont validé en 2011 le deuxième Plan quinquennal de développement du secteur sanitaire (2011-15), assorti d’un cadre de résultats et d’indicateurs, de cibles et d’actions. Le redressement des indicateurs de santé s’explique à la fois par les réformes introduites et par l’augmentation constante des dépenses publiques de santé (en progression de 8.8 % en 2012 par rapport à 2011), qui ont permis d’élargir l’accès aux soins d’une manière générale. On observe une hausse du taux d’utilisation des services de santé et une réduction du taux de mortalité néonatale (31 pour 1 000 en 2010 contre 50 pour 1 000 en 1990) et maternelle (500 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2010 contre 1 100 décès en 1990). Le secteur est malgré tout pénalisé par des goulets d’étranglement, du fait de l’insuffisance des ressources allouées et des déficits en infrastructures et en personnel.

En 2012, la séroprévalence du VIH est estimée à 2.97 % pour l’ensemble de la population et à 3.6 % pour les 15-49 ans. Les femmes sont plus touchées que les hommes (respectivement 2.91 et 2.81 %). Les efforts de prévention (distribution de préservatifs) se sont poursuivis. Quant aux traitements antirétroviraux (ARV), le nombre de sites adaptés va croissant (de 95 en 2010 à 130 en juin 2012), même si les besoins non couverts restent énormes pour les personnes vivant avec le VIH et les groupes vulnérables.

Malgré les progrès observés, le Burundi ne devrait pas atteindre les cibles des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) relatifs à l’enseignement primaire et secondaire, à la mortalité infantile, à la santé maternelle et à la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies infectieuses à l’horizon 2015.

Réduction de la pauvreté, protection sociale et travail

En 2012, le PIB par habitant a reculé de près de moitié (environ 170 USD) par rapport au niveau atteint en 1993, avant le déclenchement de la guerre civile (286 USD en dollars constants). Selon des données de 2006, la prévalence de la pauvreté atteindrait 68 %. Ce niveau préoccupant explique la prise en compte dans le CSLP-II d’actions visant à la faire reculer, à travers les différents axes stratégiques. L’institutionnalisation du processus de CDMT est à cet égard un jalon important pour déployer des plans d’actions prioritaires doublés de mécanismes de suivi et d’évaluation de la pauvreté.

Les progrès obtenus depuis l’adoption des CSLP-I et II sont notables, avec 32 % des dépenses publiques allouées aux secteurs publics en 2012.

Les dépenses pro-pauvres augmentent régulièrement depuis quatre ans. En mai 2012, en réaction à une inflation galopante au deuxième trimestre et à l’augmentation du prix de l’électricité, les autorités ont décidé d’exempter de taxes 13 produits vivriers de première nécessité, la mesure courant jusqu’en décembre 2012.Cela a eu pour effet de faire reculer l’inflation de 25 % à 11.8 % entre mars et décembre.

Les données sur l’emploi sont fragmentaires mais les estimations faites sur la base du Questionnaire unifié sur les indicateurs de base du bien-être (Quibb) 2006 et de l’Enquête permanente auprès des ménages 2009 montrent que 70.4 % des 15-64 ans ont travaillé dans le secteur agricole en 2009, contre 62.4 % en 2006, attestant ainsi de la place de l’agriculture dans la structure de l’emploi. L’Institut national de sécurité sociale (INSS) estime à respectivement 5 000 et 165 000 le nombre d’employeurs affiliés et de travailleurs actifs assurés en 2011.

Le gouvernement a annoncé, en 2012, la généralisation de la carte d’assurance maladie aux pauvres, même si la viabilité financière de cette disposition n’est pas totalement garantie. D’autres dispositifs ont été mis en place, comme les systèmes d’assurance sociale basés sur l’emploi et les systèmes de prestations universelles et d’assistance sociale subventionnés, mais leur généralisation est freinée par les failles du cadre législatif et réglementaire. La seule mutuelle est celle du personnel de la fonction publique, qui couvre à la fois les soins et les médicaments génériques.

Des régimes de retraite, de couverture des risques professionnels et d’assurance maladie sont également en place et concernent presque tous les employés du secteur formel (moins de 4 % de la population active). L’INSS s’efforce d’élargir la couverture aux actifs du secteur informel. Depuis 2011, il cible les personnes organisées en associations opérant dans le secteur informel.

Le secteur de l’assurance est peu développé, avec une réglementation embryonnaire et un contrôle Le secteur de l’assurance est peu développé, avec une réglementation embryonnaire et un contrôle relativement inefficace. Il n’existe pas de politiques ou programmes formels pour encourager ou appuyer la mise en place des systèmes d’assurance émanant de la communauté, malgré le soutien du gouvernement aux initiatives dans ce domaine. Le régime national de retraite ne concerne que 5 % de la population.

Égalité hommes-femmes

Le Burundi se classe au 16e rang sur 46 pays d’Afrique subsaharienne dans l’indice Mo Ibrahim 2012, avec un score de 62.1/100. La mise en oeuvre du plan d’action de la Politique nationale du genre, adoptée en 2004, a induit des progrès importants, grâce notamment au quota de postes réservés aux femmes dans les instances supérieures de l’administration publique (30 %). En outre, la gratuité des frais de scolarité dans le primaire, adoptée en 2005, a permis d’augmenter le TBS des filles de 81.1 % en 2005 à 138.3 % à 2011. À ce niveau, la parité filles/garçons était quasiment atteinte en 2011. Dans l’enseignement secondaire et supérieur toutefois, les performances restent encore faibles en la matière (moins de 50 %).

Le taux de participation au travail des femmes est supérieur à celui des hommes (91 % contre 87.3 %), notamment parce que l’essentiel des travaux agricoles leur incombe. Sur les 3 000 entreprises formelles enregistrées, tous secteurs confondus, environ 320 sont gérées par des femmes qui assurent, en outre, 70 % des activités commerciales informelles.

Des rigidités persistent notamment et freinent l’adoption de la Loi sur la succession visant à faciliter l’accès des femmes à la terre. Par ailleurs, les pratiques de crédit sont ouvertement discriminatoires et restreignent l’accès des femmes aux prêts bancaires.

Analyse thématique : Transformation structurelle et ressources naturelles

Le Burundi dispose d’importantes ressources naturelles, notamment minières et hydroélectriques, mais souffre d’un enclavement aggravé par le faible développement des infrastructures, un climat des affaires peu attractif et une main-d’oeuvre peu qualifiée. À cela s’ajoute la pression sur les ressources naturelles, due à une forte densité de population, l’une des plus importantes d’Afrique (environ 310 hab./km²), résultant d’une croissance démographique rapide (2.6 % en 2010).

Ces pressions conjuguées aux méthodes d’exploitation traditionnelles en vigueur entraînent une dégradation continue et accélérée des écosystèmes naturels. La superficie des exploitations agricoles diminue d’année en année : la taille moyenne par ménage, qui était de 1.04 ha en 1973, est tombée à environ 0.50 ha en 2012. Cette parcellisation est en partie responsable de la faible performance du secteur agricole, car elle freine les possibilités de modernisation. Elle provoque également une surexploitation des parcelles, responsable d’un appauvrissement des sols et, partant, de l’érosion et qui interdit le recours à des techniques culturales comme la jachère et la rotation des cultures. L’autre conséquence, et non des moindres, est l’épuisement du capital forestier : les ressources forestières et agroforestières, qui occupaient près de 211 000 ha en 1992 (8 % du territoire national), sont estimées aujourd’hui à 133 500 ha (5 % du territoire national). Le sous-secteur forestier et agroforestier assure près de 95 % de l’énergie consommée dans le pays, avec un rythme de déboisement actuel estimé à 2 % par an. Malgré les mesures prises par les autorités, cette situation a des conséquences socioéconomiques désastreuses, en premier lieu pour les populations démunies qui tirent leurs moyens de subsistance des ressources naturelles.

Le gouvernement cherche à attirer des investissements dans l’agroalimentaire. Au cours de la décennie précédente, les cultures traditionnelles de rente (thé et café notamment) ont considérablement souffert de l’insécurité, de la qualité des services et du niveau des prix à l’achat. Cette situation ayant entraîné un entretien insuffisant des caféières, il faudrait pouvoir renouveler les plants pour renforcer la productivité. Malgré les réformes engagées pour libéraliser le secteur du thé et du café, qui tardent à produire leurs effets, la production demeure faible. De surcroît, l’instabilité des cours internationaux constitue un défi de taille pour garantir aux producteurs un prix acceptable.

Plusieurs études mettent en avant le potentiel minier (sous-exploité) du Burundi, à moyen et long termes. Le pays possède en effet d’importantes réserves de nickel latéritique, de vanadium, de phosphates, de carbonatites, de tourbe et de calcaire. Il abrite ainsi la 2e réserve mondiale de coltan (colombite-tantalite), avec près de 200 millions de tonnes (soit 6 % du total). Le traitement sur place du nickel est envisagé pour créer de la valeur ajoutée et des emplois.

Les autorités ont engagé des réformes du cadre juridique du secteur minier (code minier) et mis en place un programme de certification des exportations de minerais visant à rendre les débouchés d’investissement plus intéressants pour les grands producteurs. En attendant et faute de moyens adéquats, l’exploitation se fait de manière artisanale et entraîne des effets néfastes (dégradation de l’environnement et travail des enfants, exposés à diverses maladies, notamment). Mais au-delà des conditions relativement difficiles et opaques dans lesquelles elles opèrent, les exploitations minières artisanales constituent pour les individus et leurs familles un complément aux revenus agricoles. Elles intensifient aussi les activités commerciales dans les régions concernées et accroissent ainsi le volume des transactions financières.

Le Burundi appartient à deux bassins hydrographiques – le bassin du Nil (13 800 km²) et le bassin du fleuve Congo (14 034 km²). Sur l’essentiel de son territoire, le réseau de cours d’eau permanents est dense et les lacs et axes de drainage nombreux, ce qui permet le développement d’une agriculture irriguée et de l’élevage. Le potentiel hydroélectrique est estimé à 1 300 MW, dont 32 MW environ seulement sont effectivement exploités. Même si la consommation moyenne d’énergie au Burundi reste l’une des plus faibles d’Afrique, avec seulement 23 kWh par personne et par an, la production locale ne suffit pas pour satisfaire la demande sur le long terme. Ainsi, le projet de raffinerie de nickel à Musongati, dans le Sud-Est du pays, exigerait à lui seul 200 MW. Sans parler de la réhabilitation ou de la création d’autres unités de production, ni de l’électrification des zones rurales.

Pour pallier le déficit énergétique programmé, le gouvernement burundais a engagé des projets dans ce secteur avec l’appui de partenaires au développement (BAfD, UE, Banque mondiale, KfW, etc.) et en concertation avec des investisseurs privés. Sont ainsi à l’ordre du jour la construction de deux centrales hydroélectriques, à Mpanda (10.4 MW) et sur la rivière Kaburantwa (20 MW), ainsi que celle d’une nouvelle centrale thermique à Bujumbura (5 MW). Les travaux pour la centrale hydroélectrique sur la rivière Kagunuzi (12 MW) sont en cours. Le pays bénéficiera par ailleurs de 49 MW sur les 145 MW produits par la centrale hydroélectrique de Ruzizi III, construite dans le cadre de la CEPGL, et de 27 MW issus de la centrale hydroélectrique de Rusomo Falls (80 MW), qui alimentera également la Tanzanie et le Rwanda.

Les progrès en termes de gestion des ressources naturelles restent mitigés, le secteur de l’extraction ne représentant que moins de 1 % du PIB. Se pose aussi avec acuité la question de la transparence. C’est dans cette optique que le Burundi s’est engagé à respecter et à mettre en oeuvre des mécanismes convenus régissant le commerce des minerais dans le cadre du Protocole de Lusaka (décembre 2010) portant sur l’exploitation illégale des ressources naturelles. Parmi les outils préconisés par l’initiative régionale, le mécanisme de suivi et de certification des minerais, l’harmonisation des législations sur l’exploitation minière et la création d’une base de données pour suivre les échanges dans la région. Enfin, les PTF encouragent activement le Burundi à adhérer à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (EITI).